Par Maxime Gagné — Justice-Quebec.ca · 28 avril 2026
Pendant trente ans, dès que Me Anne-France Goldwater s’est exprimée — sur les animaux, le divorce, les réformes ou la magistrature — Radio-Canada, La Presse, Le Devoir, le Journal de Montréal, TVA et CTV se précipitaient.
Cette fois, par écrit, elle qualifie une situation impliquant un cabinet établi de Westmount et le Barreau du Québec de fraude criminelle grave et de cover-up institutionnel.
Et soudain, plus personne n’a rien à dire.
Trente ans de couverture, et un silence qui détonne
Il faut commencer par un constat simple, qui devrait suffire à intriguer n’importe quel rédacteur en chef au Québec.
Pendant plus de trois décennies, dès que Me Anne-France Goldwater s’est exprimée sur un sujet — n’importe lequel — les manchettes ont suivi.
Les chevreuils du parc Michel-Chartrand de Longueuil : cinq années consécutives de couverture dans Radio-Canada, La Presse, Noovo Info, Le Courrier du Sud, La Relève et TVRS.
Le pitbull de Montréal-Nord menacé d’euthanasie : saga juridique couverte par Radio-Canada, CTV News, Le Droit et Droit-Inc.
L’affaire Eric c. Lola : plus de douze ans de couverture quasi quotidienne dans La Presse, Radio-Canada, Le Soleil, CPAC et Conseiller.
Le recours pour un Tribunal unifié de la famille (juin 2025) : entrevue à Tout un matin le jour même, première page de La Presse, du Devoir, de L’actualité et de Droit-Inc — pendant que la cause était activement plaidée.
L’émission télévisée hebdomadaire L’Arbitre à la chaîne V, depuis 2011.
C’est dire à quel point sa parole, au Québec, a une valeur médiatique établie.
Pourtant, depuis février 2026, lorsque Justice-Quebec.ca a documenté que Me Goldwater elle-même avait, par écrit, qualifié une situation impliquant le cabinet Spunt & Carin et le Barreau du Québec de fraude criminelle grave et de cover-up institutionnel — silence.
Et il ne s’agit pas d’un silence d’inattention. Chacune des grandes rédactions du Québec — francophones et anglophones, du plus grand quotidien national au plus petit hebdomadaire régional — a été directement informée du dossier, à plusieurs reprises, avec les pièces à l’appui : courriels datés, déclarations sous serment, captures d’écran, numéros de dossier. Des rédacteurs en chef nommément. Pas une mention. Plus de deux mois plus tard, alors que cet article est rédigé, le silence demeure total.
La question s’impose : pourquoi ?
Ce que dit exactement Me Goldwater
Avant d’aller plus loin, il faut être précis sur ce qui a été dit, par qui, et comment.
Le 6 décembre 2025, Julien — un père autiste séparé de ses jumeaux depuis quatre ans, dont Justice-Quebec.ca documente le dossier depuis février 2026 — reçoit un courriel d’une adresse se voulant anonyme. Une analyse de traçabilité numérique en attribue la provenance à Me Daniel Goldwater, avocat membre du Barreau et fils de Me Anne-France Goldwater.
Trois phrases, écrites noir sur blanc, conservées dans les échanges subséquents :
« David Chun s’est livré à des actes constituant une fraude criminelle grave. »
« Le cabinet a fait un cover-up. »
« Le Barreau n’a pas fait sa job. »
— Me Daniel Goldwater, avocat membre du Barreau du Québec
Confronté, Me Daniel Goldwater confirme par écrit le 16 février 2026 que c’est sa mère, Me Anne-France Goldwater, qui a elle-même appris les allégations par un tiers professionnel et les a promptement rapportées au Barreau du Québec. Le Bureau du syndic, malgré ces dénonciations, a fermé le dossier sans rouvrir d’enquête formelle.
Au cœur de ces allégations : Me David Chun, avocat du cabinet Spunt & Carin, qui a démissionné du Barreau en pleine enquête du syndic. Sa localisation depuis fait l’objet de deux versions sous serment incompatibles.
Version 1 : l’avocat mandaté par le Fonds d’assurance responsabilité du Barreau soutient qu’il réside en Chine — argument utilisé pour justifier l’impossibilité de son témoignage et l’abandon de procédures criminelles.
Version 2 : une employée du cabinet Spunt & Carin lui-même produit une déclaration sous serment affirmant l’avoir croisé physiquement au Walmart de Kirkland, photographies à l’appui.
Les deux versions, déposées devant des tribunaux différents, n’ont jamais été tranchées par aucune instance.
Voilà. C’est documenté. C’est public. C’est par écrit. Et ce sont les mots d’une avocate dont la moindre opinion sur n’importe quel sujet faisait jusqu’ici la une.
L’argument du « c’est devant les tribunaux » ne tient pas
Quand on pose la question aux grands médias — pourquoi ne couvrez-vous pas ? — la réponse classique tombe presque toujours : on ne peut pas commenter une cause qui est devant les tribunaux.
L’histoire récente démontre exactement le contraire dans le cas de Me Goldwater.
L’affaire Eric c. Lola a été couverte sans interruption pendant douze ans, alors qu’elle était activement plaidée à tous les paliers. L’affaire des pitbulls de Montréal a fait l’objet d’entrevues, d’opinions et de manchettes pendant qu’elle était en cours en Cour supérieure et en Cour d’appel. Les chevreuils de Longueuil sont devant les tribunaux depuis 2020 — cinq ans de couverture continue. Le recours pour le Tribunal unifié de la famille a fait l’objet d’une couverture massive dès le jour même du dépôt. Et l’affaire Snyder, devant le Conseil de discipline du Barreau, a été ouvertement rapportée par La Presse pendant qu’elle était active — preuve que même les procédures disciplinaires en cours ne constituent pas un obstacle, lorsque le sujet le « mérite ».
L’argument tombe donc. Si les grands médias ont couvert ces causes pendant qu’elles étaient devant les tribunaux, ils peuvent en couvrir d’autres.
À moins que le sujet, cette fois, ne soit précisément ce qui change la donne. Pas un litige conjugal médiatisable. Pas un débat sur le sort d’un chien. Mais un cabinet établi de Westmount, un avocat démissionnaire en pleine enquête du syndic, un Bureau du syndic qui ferme le dossier malgré une dénonciation venue de Me Goldwater elle-même, et le Barreau du Québec en arrière-plan.
Quand le silence devient un fait journalistique
Voici ce qui rend cet article inhabituel à écrire.
D’ordinaire, dans le journalisme d’enquête, le sujet est l’événement. Ici, le sujet est l’absence d’événement — l’absence de couverture. Et cette absence, dans les circonstances décrites, constitue elle-même un fait journalistique.
Considérons ce que les rédactions québécoises savent — parce qu’elles le savent. Le dossier Julien / Spunt & Carin est documenté sur Justice-Quebec.ca depuis février 2026 dans une série exclusive de sept articles. Plusieurs centaines de journalistes québécois sont connectés à la plateforme sur LinkedIn ; certains d’entre eux interagissent même avec les publications. Les contenus circulent. Les liens sont partagés. Les pièces sont accessibles. Les numéros de dossier sont publics — 705-17-011918-255 et 705-17-012105-258. Et au-delà de la plateforme, les rédactions ont été informées directement, individuellement, avec dossier et pièces à l’appui.
Aucun grand média francophone ou anglophone du Québec n’a couvert. Pas un.
Cela ne se produit pas par hasard dans un écosystème médiatique fonctionnel. Quand une figure de l’envergure de Me Goldwater dénonce par écrit une fraude criminelle grave et un cover-up institutionnel, l’absence de toute couverture ne s’explique pas par la distraction collective. Elle révèle quelque chose sur le système qui choisit de ne pas regarder.
Quoi ?
C’est précisément la question que cet article ne peut pas trancher — et qu’il n’a pas l’ambition de trancher. Mais quelques hypothèses méritent d’être posées, parce que ce sont celles qui circulent dans le milieu.
La première est la peur des poursuites. Le Barreau du Québec est une institution puissante, dotée de ressources juridiques considérables, qui contrôle l’accès à la profession d’avocat. Critiquer ses mécanismes disciplinaires, c’est s’exposer à un risque que les services juridiques internes des grands médias quantifient sans difficulté.
La deuxième tient à la composition même de ces services juridiques. Les avocats qui conseillent les rédactions québécoises proviennent, pour beaucoup, des grands cabinets que ces mêmes rédactions devraient en théorie scruter. Le réseau professionnel n’est pas une conspiration ; c’est simplement un fait démographique. Mais ses effets sur la liberté éditoriale sont concrets.
La troisième hypothèse est celle de la boîte de Pandore. Si un grand média commence à enquêter sérieusement sur les défaillances du Bureau du syndic, sur les conflits d’intérêts du Fonds d’assurance responsabilité professionnelle du Barreau, sur la manière dont un avocat peut démissionner en pleine enquête sans conséquence publique — où s’arrête-t-il ? Le Barreau. La magistrature. L’Ordre des médecins. L’Ordre des ingénieurs. La DPJ. Une fois la porte ouverte, elle ne se referme plus.
Le Journal de Montréal a bien évoqué récemment, dans un segment d’enquête, certains comportements troublants de magistrats — mais l’effort s’est arrêté là. On en a parlé brièvement. On a laissé passer. On a estimé en avoir fait assez. L’écosystème journalistique québécois, déjà fragilisé économiquement, dépendant de subventions publiques et de revenus publicitaires liés à ces mêmes milieux, n’a peut-être pas l’appétit institutionnel pour aller plus loin.
Aucune de ces hypothèses n’est démontrée. Elles sont posées ici parce qu’elles sont posées ailleurs — dans les couloirs, dans les conversations privées, dans les courriels qui circulent entre journalistes et qui n’aboutissent jamais en page éditoriale.
Le contraste qui devrait gêner
Il faut s’arrêter sur un autre contraste, pour bien mesurer ce qui se passe.
Au début du mois d’avril 2026, un homme a craché des insultes à l’endroit d’une jeune policière de Montréal. L’événement a immédiatement fait les manchettes. L’Assemblée nationale s’en est emparée. Des élus ont évoqué la nécessité de modifier les lois. La couverture a été massive, transversale, instantanée.
Au même moment, Me Daniel Goldwater — figure d’autorité, membre actif du Barreau, dont la mère, Me Anne-France Goldwater, est l’une des avocates les plus respectées du Québec — affirme par écrit qu’un cabinet de Westmount a commis une fraude criminelle grave et qu’un cover-up institutionnel a impliqué le Barreau du Québec lui-même.
Pas une question parlementaire. Pas une déclaration ministérielle. Pas un débat à l’Assemblée nationale. Aucun député — pourtant nombreux à être connectés à Justice-Quebec.ca sur LinkedIn et à consulter régulièrement le contenu de la plateforme — n’ose poser publiquement la question.
Insulter une policière déclenche des projets de loi.
Documenter une fraude alléguée par un avocat du Barreau lui-même contre un autre avocat du Barreau, et un cover-up institutionnel impliquant l’ordre professionnel : silence.
— Justice-Quebec.ca, avril 2026Ce n’est pas une question de gravité comparée des actes — c’est une question de qui est visé. Et c’est précisément cela qui devrait gêner toute personne attachée à l’idée que les institutions doivent être tenues aux mêmes standards qu’elles imposent aux citoyens.
Ce que ce silence révèle
Justice-Quebec.ca ne prétend pas avoir des moyens supérieurs à ceux des grands médias. Pas de salle de rédaction, pas d’équipe d’enquête, pas de budget juridique. Une plateforme citoyenne, un fondateur neurodivergent, des collaborateurs, et des dossiers qui s’accumulent.
Et pourtant : un site indépendant publie, là où les grandes rédactions se taisent.
Ce silence ne tient pas par hasard. Il tient parce que des décisions sont prises, chaque jour, dans des salles de rédaction, par des professionnels qui savent — qui ont reçu les courriels, vu passer les liens, lu les pièces, parfois interagi sur LinkedIn — et qui choisissent de ne pas relayer.
Ce n’est pas une accusation. C’est un constat.
Les Québécois financent ces médias par leurs abonnements et, pour plusieurs, par leurs impôts à travers les programmes d’aide à la presse. Ils ont le droit, à tout le moins, de savoir que cette dénonciation existe — et que ce sont les mêmes médias qui ont couvert pendant trente ans toutes les opinions publiques de Me Anne-France Goldwater qui, cette fois, ne couvrent rien.
La question reste ouverte. Elle restera ouverte tant qu’aucune rédaction n’y répondra par autre chose qu’un silence.
Et quelque part, dans le milieu juridique montréalais, dans les rédactions et dans certaines circonscriptions de l’Assemblée nationale, des personnes savent que cette question ne devrait pas être posée par un site citoyen indépendant tenu par un fondateur neurodivergent. Elle devrait l’être par les institutions qui, normalement, font ce travail.
C’est précisément cela, le scandale.
Note éditoriale : Conformément à l’article 16 du Code de procédure civile, aucune information permettant d’identifier les enfants impliqués dans cette instance familiale n’est divulguée. Le prénom « Julien » est un prénom fictif.
Les faits rapportés sont tirés exclusivement de documents judiciaires publics ou rendus disponibles dans le cadre de la procédure. Les propos attribués à Me Daniel Goldwater et à Me Anne-France Goldwater constituent des allégations consignées par écrit, et non des conclusions judiciaires.
Justice-Quebec.ca ne fournit pas de conseil juridique. Pour toute question personnelle, consultez un membre du Barreau du Québec.
L’information comme levier. L’accès à la justice pour tous.
Ensemble, on va plus loin.
Articles connexes
- Article fondateur EXCLUSIF — Me Goldwater évoque une « fraude criminelle grave » et un possible cover-up institutionnel
- Citation textuelle « Le Barreau n’a pas fait sa job » — Daniel Goldwater
- Enquête exclusive Dossier Julien / Spunt & Carin — Série exclusive en sept articles
- Le dossier complet Dossier Julien — Père autiste séparé de ses enfants au Québec
- Synthèse Anne-France Goldwater dénonce, le syndic ferme, la juge ignore, les enfants attendent
- Pièces au soutien Pièces au soutien des enquêtes — Justice-Quebec.ca
Courriel du 6 décembre 2025 — Message reçu par Julien d’une adresse se voulant anonyme, dont la traçabilité numérique attribue la provenance à Me Daniel Goldwater. Trois citations textuelles : « fraude criminelle grave », « cover-up », « le Barreau n’a pas fait sa job ».
Confirmation écrite du 16 février 2026 — Courriel de Me Daniel Goldwater confirmant que sa mère, Me Anne-France Goldwater, a elle-même transmis les allégations au Barreau du Québec.
Réponse du Bureau du syndic — Décision signée par Me Guylaine Mallette, syndique adjointe, confirmant la fermeture du dossier sans nouvelle enquête.
Déclarations sous serment contradictoires — Déclaration de Me Jean-François Noiseux (Me Chun en Chine) et déclaration de Jewel Anna Harrison du cabinet Spunt & Carin (Me Chun aperçu au Walmart de Kirkland le 11 octobre 2025, photographies datées et géolocalisées à l’appui).
Dossiers judiciaires publics — 705-17-011918-255 et 705-17-012105-258, Cour supérieure du Québec, district de Joliette.
Avis officiel de démission du Barreau — Me David Chun, démission le 5 février 2025, en cours d’enquête du syndic. Disponible au tableau de l’ordre du Barreau du Québec.
Couverture médiatique historique de Me Anne-France Goldwater — Articles publiés par Radio-Canada, La Presse, Le Devoir, Noovo Info, Le Courrier du Sud, La Relève, TVRS, CTV News, Le Droit, Droit-Inc, Le Soleil, CPAC, Conseiller, L’actualité sur les dossiers chevreuils de Longueuil, pitbull de Montréal-Nord, Eric c. Lola et Tribunal unifié de la famille (sources publiques disponibles dans les archives respectives de chaque média).
Liste non exhaustive. Ensemble des pièces accessibles dans la section Pièces au soutien des enquêtes.
Ajouter un commentaire
Commentaires