Insultes à une policière, liberté d'expression et récupération politique — Hadj Zitouni, MAJ

Publié le 8 avril 2026 à 14:03
Opinion · Libertés civiles · Relations police-citoyens · Montréal Justice-Quebec.ca | 7 avril 2026
💬 Tribune d'opinion — Le texte qui suit exprime les vues personnelles de son auteur.

Quand un individu crache des insultes à l'endroit d'une policière dans l'exercice de ses fonctions, la condamnation est unanime — et légitime. Mais que révèle la réaction institutionnelle qui s'ensuit ? Hadj Zitouni, président du Mouvement Action Justice, livre une réflexion sur les limites de la liberté d'expression, le risque de récupération politique, et la complexité des relations entre citoyens et forces de l'ordre.

Par Hadj Zitouni · Président, Mouvement Action Justice · Montréal, 2 avril 2026
Publié sur Justice-Quebec.ca avec l'autorisation de l'auteur

Cracher des grossièretés à l'endroit d'une policière qui ne faisait que son travail constitue un comportement inacceptable. Les propos intimidants visaient à entraver l'exercice de ses fonctions — ce qui peut relever d'une infraction criminelle. Il est donc inexact de prétendre qu'aucune poursuite ne pourrait être engagée contre cette personne.

Cela dit, cet incident soulève des questions plus larges qui méritent d'être examinées avec nuance plutôt qu'instrumentalisées à des fins politiques.

La réalité que je rencontre sur le terrain

Dans le cadre de mon travail au Mouvement Action Justice, je rencontre régulièrement des personnes qui affirment avoir été victimes d'abus policiers. Dans bien des cas, lorsque des interventions policières semblent abusives, les personnes visées se retrouvent elles-mêmes accusées, en vertu des articles 129 et 139 du Code criminel, pour entrave ou résistance à un agent de la paix.

Faute de preuves immédiates pour contester la version policière, ces personnes sont fréquemment contraintes d'entreprendre des démarches judiciaires longues et complexes pour se défendre contre des accusations qu'elles jugent injustifiées. Cette réalité met en lumière un déséquilibre préoccupant, et soulève des questions quant à l'accès réel à la justice — en particulier pour les personnes en situation de vulnérabilité.

Je ne justifie pas les débordements. Mais comprendre le contexte dans lequel ils surviennent est nécessaire pour y répondre de façon équilibrée.

Le débat sur un règlement municipal

Il est compréhensible que les administrations municipales successives aient fait preuve de prudence face aux demandes visant à adopter un règlement interdisant aux citoyens d'insulter les policiers dans l'exercice de leurs fonctions. La nouvelle mairesse a d'ailleurs maintenu cette réserve, estimant qu'il est trop tôt pour déterminer si Montréal a besoin d'un tel règlement.

Cette prudence apparaît justifiée. Interdire les insultes repose sur une notion floue et subjective, difficile à définir juridiquement. Une telle mesure ouvre la porte à des interprétations arbitraires : des policiers pourraient se retrouver à accuser des citoyens sur la base de perceptions personnelles, ce qui créerait un déséquilibre important entre l'autorité policière et les droits des individus.

La liberté d'expression, protégée par les chartes canadienne et québécoise, inclut le droit de critiquer les institutions et leurs représentants. Restreindre ce droit risque d'entraîner des dérives et une judiciarisation de comportements qui ne constituent pas une réelle menace à l'ordre public.

Plutôt qu'adopter un règlement aux contours incertains, il est préférable de privilégier des mesures équilibrées qui protègent à la fois les policiers et les droits fondamentaux des citoyens.

La réaction de l'Assemblée nationale

Que l'Assemblée nationale exprime son indignation face aux propos visant cette jeune policière est légitime et compréhensible. En revanche, toute suggestion — même à demi-mot — qui associerait une communauté entière à ce comportement en raison de l'origine de l'individu concerné franchit une ligne que les institutions démocratiques se doivent de respecter.

La récupération de cet incident à des fins de débat identitaire ou politique soulève des questions sérieuses quant au respect du principe d'impartialité. Dans un contexte déjà tendu, ce type de dérive risque d'alimenter des divisions plutôt que de contribuer à des solutions concrètes.

✦ ✦ ✦

La protection des policiers dans l'exercice de leurs fonctions est une nécessité. Tout autant que la protection des droits des citoyens face à l'autorité de l'État. Ces deux impératifs ne s'opposent pas — ils se renforcent mutuellement, à condition que les institutions traitent les deux avec la même rigueur.

Hadj Zitouni
Président, Mouvement Action Justice
Organisme en défense des droits · Montréal
2 avril 2026
⚠️ Note éditoriale de Justice-Quebec.ca — Cet article est une tribune d'opinion soumise et publiée avec l'autorisation du Mouvement Action Justice, organisme partenaire de Justice-Quebec.ca. Les opinions exprimées sont celles de l'auteur et n'engagent pas la position éditoriale de Justice-Quebec.ca. Notre plateforme publie des opinions citoyennes dans le respect du débat public et de la liberté d'expression, sous réserve de nos obligations déontologiques habituelles.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.