Ceci est le premier d'une série de cinq articles consacrés à l'affaire Sanderson-Roberge. Le dossier d'enquête complet — avec pièces à l'appui, chronologies et analyse systémique — est déjà disponible sur notre site à l'adresse suivante : justice-quebec.ca/enquete-exclusive-l-affaire-sanderson-roberge
En juin 2022, Samuel Roberge est arrêté à Saint-Alexandre, sur la Rive-Sud de Montréal. L'accusation : trafic de stupéfiants, complot, infractions liées aux armes à feu. Une arrestation parmi des centaines d'autres, dans un palais de justice qui en voit défiler chaque semaine.
Quatre ans plus tard, Roberge est toujours en prison. Son procès n'est toujours pas terminé. Et son dossier est devenu l'un des plus troublants que Justice-Quebec.ca ait documentés — non pas à cause de ce qu'on lui reproche, mais à cause de ce qui s'est produit autour de lui depuis le premier jour.
Le soir de l'arrestation — et la première question sans réponse
Le 23 juin 2022, Samuel Roberge est placé dans un véhicule de police. Il sera conduit pendant environ 50 minutes jusqu'au poste de Longueuil. Pendant ce trajet, une conversation a lieu entre lui et l'agente Evelyne St-Germain. Son avocate, Jacqueline Sanderson, se présente au poste pour rencontrer son client. Elle est refusée. Les agents lui expliquent que puisque Roberge ne sera pas interrogé, il n'a pas le droit de parler à son avocate.
Cette position sera soulevée dans la requête pour abus de procédure déposée par Sanderson. La requête soulève principalement le refus de la Couronne de divulguer des informations sur des rapports policiers que la défense estimait frauduleux dès le départ. La question du droit à l'avocat — incompatible selon la défense avec l'article 10(b) de la Charte — est également au cœur des procédures.
« Les officiers ont expliqué à Me Sanderson que, parce qu'ils n'allaient pas interroger M. Roberge, il n'avait pas le droit de parler à son avocate. »
— Requête amendée pour abus de procédure, 2 juin 2024Lors de son témoignage public au procès, en 2024, l'agente St-Germain admettra elle-même ne pas avoir compris que le droit à l'avocat impliquait la possibilité pour l'accusé de communiquer avec un avocat dès le bord de la route. Elle croyait que son obligation se limitait à lire la carte des droits.
Un document policier dont l'auteur dit ne jamais l'avoir rédigé
En janvier 2023, la veille du procès sur la possession de cocaïne, la procureure Me Eve Malouin transmet à Me Sanderson un rapport policier. Ce document — qui deviendra la pièce P-14 dans les procédures qui suivront — sera au cœur d'une controverse qui dure encore aujourd'hui.
Lors du procès au fond en 2024, l'agent Viet Long Nguyen, présenté comme le rédacteur de ce rapport, témoigne qu'il ne l'a jamais rédigé. Il n'a pas apposé ses initiales à côté de son nom aux heures indiquées. Il dit même ne jamais s'être rendu au poste de police ce soir-là — son quart de travail se terminant vers 15h, alors que le rapport porte des entrées à 17h30.
Un expert en informatique mandaté par la défense, Simon Lavallée, reconnu expert par le tribunal, conclura que les conclusions du rapport produit par la Couronne pour valider l'authenticité du document original étaient, selon ses propres mots, « informatiquement impossibles ».
Le supérieur direct de l'agent Nguyen était le capitaine Francis Tremblay, de la Division des fraudes du SPAL — et l'époux de Me Eve Malouin, la procureure responsable du dossier Roberge depuis le début.
Justice-Quebec.ca ne tire aucune conclusion de ce fait. Il est rapporté tel qu'il apparaît dans les documents judiciaires déposés sous serment par Jacqueline Sanderson devant le Conseil de discipline du Barreau du Québec.
Janvier 2023 : un policier contredit par ses propres images
Le 13 janvier 2023, lors du procès sur la possession de cocaïne, le détective Didier Tanguay témoigne en détail que la porte du BMW était ouverte au moment de l'arrestation. Me Sanderson demande l'autorisation de faire jouer la vidéo de surveillance. La vidéo montre le contraire. La porte était fermée.
La juge Lepage est visiblement ébranlée. Elle demande aux avocats de quitter la salle. Me Malouin revient et annonce qu'elle retire le dossier. Samuel Roberge est acquitté des accusations de possession.
À la fin de l'audience, la juge dit espérer que Me Malouin fera « le nécessaire » — sous-entendant qu'elle informerait ses supérieurs du faux témoignage de Tanguay. Selon la défense, rien n'a été fait. L'indictement pour parjure contre Tanguay ne sera autorisé qu'en avril 2024 — à la demande de la défense elle-même, plus d'un an après les faits.
Deux avocats radiés, un mémoire rédigé seul
Le procès principal débute en novembre 2023. La preuve de la Couronne, estimée à trois semaines, s'étendra sur plus de six. En août 2024, Jacqueline Sanderson est radiée du Barreau pour 22 mois avec exécution provisoire et saisie de ses dossiers à domicile. Sanderson conteste la portée exacte de cette ordonnance : elle soutient que les termes nonobstant appel n'y figuraient pas explicitement, et que la Cour d'appel a qualifié cette situation d'erreur cléricale — une erreur que le Barreau n'a jamais demandé de corriger. En octobre 2025, son successeur, Me Stéphane Harvey, est radié à son tour. Les deux radiations ont été ordonnées en première instance par la même décideuse : Me Manon Lavoie, Présidente du Conseil de discipline du Barreau du Québec.
En janvier 2026, Samuel Roberge dépose lui-même son mémoire d'appel depuis l'établissement de détention de Sorel-Tracy. Le document cite des arrêts de la Cour suprême du Canada, de la Cour d'appel de l'Ontario et de la Cour d'appel de l'Alberta. Il soulève quatre questions juridiques précises. La réparation maximale demandée : un arrêt des procédures.
Nous sommes en avril 2026. La Cour d'appel n'a pas encore rendu sa décision.
Cet article est le premier d'une série de cinq. Les quatre articles suivants documentent : l'enregistrement sorti par erreur d'un greffe, le courriel du DPCP au Barreau six jours après la radiation, le dossier absent du registre public du Conseil de la magistrature, et l'analyse systémique du pattern institutionnel documenté dans trois dossiers distincts.
Le dossier d'enquête complet, avec toutes les pièces à l'appui, est disponible à l'adresse : justice-quebec.ca/enquete-exclusive-l-affaire-sanderson-roberge
- Série complèteL'affaire Sanderson-Roberge — Dossier d'enquête en 5 articles
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