« Oui, il est violent avec moi, mais avec les enfants, c'est un bon père. » Cette phrase, les professionnels du droit et de l'accompagnement l'entendent régulièrement. Elle est compréhensible — mais elle mérite d'être profondément questionnée, non pour culpabiliser les mères, mais pour comprendre ce que vivent vraiment les enfants dans un foyer où la violence est présente.
L'enfant co-victime des violences conjugales
Lorsque l'on parle de violences conjugales, on parle nécessairement du cycle de la violence : une dynamique répétée faite de tensions croissantes, d'incidents violents, puis de phases de réconciliation — souvent appelées lune de miel — pendant lesquelles tout semble s'apaiser, où l'espoir renaît que « cette fois, ça va changer ».
L'enfant n'a pas besoin d'être violenté directement pour être victime. Il suffit qu'il soit témoin. Il entend, il ressent, il observe. Il vit dans un état d'alerte constant, dans l'ambivalence du chaud et du froid, dans l'insécurité de ne jamais savoir quelle version de son parent va rentrer à la maison.
Ce cycle, l'enfant le vit lui aussi. Pleinement. Quotidiennement.
« Être témoin de violences, c'est aussi être victime de violences. »— Hanna Becache · Intervenante psychosociale, expertise violences conjugales
L'enfant exposé aux violences conjugales est, au même titre que la victime directe, une co-victime. Ce principe est aujourd'hui reconnu par les professionnels de la protection de l'enfance, de la santé mentale et du droit de la famille.
Peut-on être un bon père et un conjoint violent ?
La question de la coparentalité est au cœur des enjeux juridiques et humains pour les femmes victimes de violences. Peut-on dissocier les deux rôles ? La réponse est nuancée — mais elle exige une évaluation sérieuse.
L'évaluation de la parentalité ne peut pas se limiter à observer si un père est affectueux avec ses enfants en dehors des épisodes de violence. Elle doit s'intéresser à l'ensemble du tableau :
La qualité réelle des relations parent-enfant, au-delà des apparences.
La dynamique du couple parental : un père qui terrorise la mère exerce aussi une violence sur ses enfants.
L'impact du comportement paternel sur le développement affectif et psychologique des enfants.
Un père qui maintient sa conjointe sous emprise, sous contrôle coercitif, expose ses enfants à un environnement traumatisant — même s'il ne les frappe jamais directement.
« Protéger une mère victime de violences conjugales, c'est protéger ses enfants. Les deux sont indissociables. »
— Hanna BecacheLes recours disponibles au Québec
Si vous êtes dans cette situation, n'attendez pas. Des recours existent au Québec pour vous aider à comprendre vos droits et à vous engager dans une démarche sécurisante pour vous et vos enfants.
Signalement à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) — La DPJ peut intervenir lorsqu'un enfant est exposé à des violences conjugales. Ce signalement est prévu par la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ, RLRQ c P-34.1, art. 38).
Ordonnance de protection — En vertu du Code civil du Québec, vous pouvez demander à la Cour supérieure d'interdire à votre ex-conjoint de vous approcher, vous et vos enfants.
Garde et droits d'accès — Lors des procédures de séparation ou de divorce, le tribunal peut moduler ou suspendre les droits d'accès du père si les violences sont documentées (Code civil du Québec, art. 33 et 605).
| Organisme | Contact | Services |
|---|---|---|
| SOS Violence conjugale | 1 800 363-9010 Texto, clavardage, courriel |
Écoute, soutien, référence vers maisons d'hébergement. 24h/24, 7j/7. Bilingue, gratuit, anonyme. |
| DPJ — Direction de la protection de la jeunesse | 1 800 567-8520 | Signalement si un enfant est exposé à des violences conjugales. Gratuit, confidentiel. |
| Rebâtir | 1 833 732-2847 Lun–ven, 8h30–16h30 |
4 heures de consultation juridique gratuite avec un avocat — tous domaines du droit liés à la violence. |
| CAVAC | Présents dans toutes les régions du Québec | Services de première ligne aux victimes d'actes criminels. Gratuit, confidentiel. |
| DPCP — Info victimes | 1 877 547-3727 Lun–ven, 8h30–16h30 |
Information sur le processus judiciaire criminel pour les victimes qui hésitent à porter plainte. |
| Maisons d'hébergement | Via SOS Violence conjugale 1 800 363-9010 |
Hébergement sécuritaire, soutien et accompagnement pour femmes et enfants. Plus de 100 maisons au Québec. |
Pour un accompagnement psychosocial spécialisé en violences conjugales, vous pouvez aussi contacter notre collaboratrice Hanna Becache directement : hannabch@icloud.com · 514-607-6858 (WhatsApp disponible).
Les violences conjugales ne s'arrêtent pas à la porte de la chambre des parents. Elles traversent les murs, elles s'installent dans le quotidien des enfants, elles façonnent leur façon de comprendre le monde et les relations.
Reconnaître l'enfant comme co-victime, c'est le premier pas vers sa protection réelle.
Téléchargez la version originale complète de cet article par Hanna Becache, telle que publiée par Ancrage — Expertise violences conjugales. Le document est disponible directement ci-dessous.
Références juridiques : Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ), RLRQ c P-34.1, art. 38 · Code civil du Québec, art. 33 et 605 · SOS violence conjugale — 1 800 363-9010
Cet article est rédigé à des fins d'information générale. Il ne constitue pas un avis juridique. Pour toute situation personnelle, consultez un professionnel du droit.
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