L'IA s'installe dans les cabinets juridiques — et CanLII vient d'ouvrir la porte aux citoyens

Publié le 27 février 2026 à 08:00

Justice-Quebec.ca | Accès à la justice 

Les grands cabinets l'utilisent depuis des années. CanLII vient de la rendre accessible à tous, gratuitement. L'intelligence artificielle juridique n'est plus une expérience de laboratoire — elle redéfinit qui a accès au droit au Canada.

Cette semaine, l'Institut canadien d'information juridique a officialisé le lancement de CanLII Recherche+ — un assistant propulsé par l'intelligence artificielle permettant d'interroger la jurisprudence, la législation et la doctrine en langage naturel, sans syntaxe complexe, sans abonnement payant. Accessible gratuitement à toute personne disposant d'un compte monCanLII, qu'il s'agisse d'un étudiant, d'un professionnel du droit ou d'un simple citoyen.

C'est un signal fort. Mais pour comprendre ce qu'il signifie vraiment, il faut d'abord regarder ce qui se passe depuis plusieurs années du côté des cabinets.

Les cabinets qui avaient une longueur d'avance

Pendant que le grand public découvre l'IA juridique, certains cabinets québécois l'expérimentent depuis près d'une décennie. Lavery fait figure de pionnier : dès mars 2017, le cabinet lançait le L3IA — Laboratoire juridique Lavery sur l'intelligence artificielle — l'une des premières initiatives du genre au Canada. Sa mission : anticiper les défis juridiques liés à l'IA, développer des outils sur mesure et former ses professionnels avant que la vague n'arrive.

Lavery est allé plus loin en développant sa propre interface d'IA générative, régie par ses politiques internes et alimentée par du contenu juridique pertinent — une interface conçue pour concilier efficacité et conformité déontologique.

D'autres cabinets québécois ont suivi. BCF Avocats d'affaires intègre l'IA dans sa pratique depuis l'arrivée de ChatGPT, positionnant la technologie non comme un risque à gérer, mais comme un levier économique essentiel. À Montréal, Prudence AI, cabinet fondé en 2019 par Me Dobah Carré, s'est spécialisé entièrement dans le droit de l'IA et la protection des données — un domaine de spécialisation en pleine émergence au moment de sa fondation.

Selon Droit-inc, le secteur juridique figure parmi les secteurs les plus actifs au Canada en matière d'adoption de l'IA générative — une tendance que confirment également les données de Statistique Canada sur l'ensemble des services professionnels, scientifiques et techniques. Et selon une étude Clio 2024 citée par Droit-inc, ce sont paradoxalement les petits cabinets et avocats solos qui prévoient adopter l'IA plus rapidement que les grandes firmes — 40 % des avocats solos envisageant de le faire dans les six prochains mois.

Ce que CanLII Recherche+ change concrètement

L'outil développé par CanLII en partenariat avec Lexum convertit les questions en langage courant en requêtes structurées ciblant précisément la base de données de l'organisme. Il identifie les passages significatifs des décisions et attribue des scores de pertinence aux résultats.

Point crucial pour la fiabilité : pour éviter les hallucinations — ce phénomène où une IA invente des références inexistantes — l'outil se limite strictement à la base de données interne de CanLII. Une équipe d'experts juridiques valide régulièrement les processus. Les limites d'utilisation sont fixées pour l'instant à 4 analyses et 10 requêtes par jour, avec possibilité d'ajustement dans le temps.

Le cadre réglementaire se précise en parallèle. Le Barreau du Québec a publié en octobre 2024 un guide pratique sur l'utilisation responsable de l'IA générative pour ses membres. La Cour d'appel du Québec a émis un avis en août 2024, et la Cour supérieure un avis similaire dès octobre 2023, encadrant tous deux l'usage de l'IA dans les soumissions aux tribunaux. CanLII Recherche+ s'inscrit pleinement dans cet écosystème en construction.

Et pour les citoyens non représentés ?

C'est là que le lancement de Recherche+ prend une dimension particulière pour nous.

Sur Justice-Quebec.ca, nous démontrons comment des outils d'IA accessibles gratuitement — Gemini, ChatGPT, Claude — permettent aux citoyens non représentés de comprendre leurs documents judiciaires, d'organiser leur dossier et de rédiger leurs propres procédures. Notre guide complet sur la défense sans avocat en documente le processus pas à pas.

CanLII Recherche+ s'inscrit naturellement dans cette démarche : trouver la jurisprudence pertinente, comprendre une décision, identifier les dispositions légales applicables à sa situation — sans payer les honoraires d'un avocat pour une première orientation. C'est un outil de plus dans la boîte à outils du citoyen qui se défend seul.

Mais accéder à l'information juridique et accéder à la justice ne sont pas synonymes. Trouver une décision ne signifie pas savoir quoi en faire devant un tribunal. C'est pourquoi ces outils doivent être compris pour ce qu'ils sont : de puissants points de départ — pas des substituts au conseil juridique professionnel.


Sources : CanLII, annonce officielle de Recherche+Canadian Lawyer, Jacqueline So, 25 février 2026Lavery, L3IABCF Avocats d'affairesPrudence AI / Droit-incDroit-inc, étude Clio 2024Statistique CanadaBarreau du Québec, Guide IA générative, octobre 2024Justice-Quebec.ca, se défendre sans avocat.

Ce site ne fournit aucun conseil juridique. Cet article est à titre informatif uniquement.

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