Société · Inclusion · Dignité
L'illusion de l'inclusion : pourquoi les étiquettes officielles nous divisent.
Le fait de coller des étiquettes et de séparer les gens au départ crée deux groupes artificiels : un groupe avec des limites et un groupe dit « normal ». Mais qu'est-ce que signifie être « normal » ? La normalité est simplement une moyenne statistique. C'est une idée inventée par l'humain pour désigner la majorité. Ce concept ne représente pas une valeur, et ne définit pas une personne. Pourtant, notre société donne plus d'importance à cette prétendue normalité, ce qui rabaisse indirectement tous ceux qui n'entrent pas dans la case.
C'est sur cette séparation que l'on utilise ensuite le mot « inclusion ». Que la société soit de bonne ou de mauvaise foi, elle ne force pas les gens à changer; elle choisit simplement la solution qui lui semble la plus simple en réparant les pots cassés après coup. Pourtant, ce choix de la facilité devient un casse-tête complet lorsque l'on s'arrête pour y penser. La société essaie d'offrir l'inclusion, mais elle frappe des murs parce que cette méthode n'est pas la bonne solution. Parler d'inclusion, c'est avouer qu'il y a un groupe « standard » qui a le privilège d'accueillir l'autre. Ce mot entretient toujours l'idée d'une séparation. Pour s'en sortir, la société doit complètement se réinventer.
Parler d'inclusion, c'est avouer qu'il y a un groupe « standard » qui a le privilège d'accueillir l'autre.
— Kareen FortinLe même piège guette les mots qui se veulent plus doux. Même en comprenant la nuance, parler d'une personne « en situation de handicap » crée encore une catégorie d'« anormalité ». Et qualifier quelqu'un de « différent », comme si c'était un compliment, revient au même : on désigne toujours un écart par rapport à une norme. Changer l'étiquette pour une formule plus aimable ne fait pas disparaître la frontière; elle la déguise.
I — Les étiquettes légales
Le poids négatif des étiquettes légales
Cette séparation est ancrée si profondément qu'elle sert de base à tout notre système. Appeler les gens « personnes handicapées » et même « en situation de handicap » est négatif et enferme les individus sous une étiquette. Le problème réside dans le fait que ces mots ne sont pas de simples expressions en l'air. Ce sont les termes légaux officiels sur lesquels se basent nos institutions.
Prenons un exemple concret : l'Office des personnes handicapées du Québec. Le nom même de cet organisme public inscrit l'étiquette au cœur de nos institutions, et il se rattache directement à une définition prévue par la loi. C'est dire à quel point la séparation est normalisée : on ne la questionne même plus, y compris là où elle est nommée.
En écrivant cette séparation dans la loi et dans le nom même des organismes publics, l'État crée officiellement deux catégories d'humains : ceux qui sont dans le moule principal et ceux qu'on essaie d'inclure. Ces étiquettes créent une frontière artificielle. Pourtant, il n'y a pas d'autre moule que l'humain. Nous vivons tous, à différents degrés, avec nos propres limites au cours de notre vie.
À bien y penser, nous sommes probablement tous, à un moment ou à un autre, en situation de handicap. La différence, c'est que l'étiquette n'enferme qu'une catégorie de personnes.
Il n'y a pas d'autre moule que l'humain.
— Kareen FortinII — La reconstruction
Un effort de reconstruction sur plusieurs décennies
Si l'on veut un jour détruire ces moules et cette séparation, il faut arrêter de nommer la division. Cela demande un grand changement qui commence par modifier les mots dans nos lois et les noms de nos organismes publics. Pour arrêter de séparer les gens, il faut traiter tout le monde équitablement plutôt que de s'en remettre à la solution de l'inclusion.
Se réinventer demande des décennies d'efforts. La société doit faire des efforts pour commencer à se reconstruire, et elle doit continuer de le faire à long terme. Elle n'a pas à adapter les gens selon ses propres règles. C'est elle qui doit se construire, dès le départ, en fonction de la réalité de chaque être humain. L'accessibilité doit être naturelle et universelle. Il est temps de bâtir un monde où la dignité ne dépend plus d'une étiquette ou d'une case à cocher, mais du simple fait d'être humain.
Pour ouvrir la discussion
Et alors, par quoi commence-t-on ?
L'information comme levier. L'accès à la justice pour tous.
Justice-Quebec.ca · Ensemble, on va plus loin
Note éditoriale. Cet article reproduit intégralement la pensée et l'analyse de son autrice, Kareen Fortin. Justice-Quebec.ca est une plateforme citoyenne indépendante de journalisme juridique.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'autrice. Elles ne constituent pas un avis juridique. Pour toute question personnelle, consultez un membre du Barreau du Québec.
Ajouter un commentaire
Commentaires