Affaire Rochefort : le SPVM cherche d'autres victimes, l'enquête s'élargit à 19 ans

Publié le 13 mai 2026 à 18:53

Quarante-huit heures après la deuxième comparution de Me Daniel Rochefort, la Section des agressions sexuelles du SPVM élargit son enquête. La période visée s'étend désormais sur dix-neuf ans — de 2007 à 2026 — et la police sollicite officiellement la collaboration du public.

Le Service de police de la Ville de Montréal annonce ce mercredi qu'il recherche d'éventuelles victimes additionnelles de l'avocat Daniel Rochefort. Selon le communiqué officiel, deux unités spécialisées — la Section de l'exploitation sexuelle et la Section des agressions sexuelles — ont « des raisons de croire » que des gestes auraient pu être commis sur d'autres personnes, sur une période allant de 2007 à aujourd'hui. Le SPVM diffuse pour l'occasion deux photographies du suspect, prises à dix-sept ans d'intervalle, et confirme avoir déployé la structure de gestion des enquêtes sur les crimes en série coordonnée par la Sûreté du Québec.

Une fenêtre d'enquête qui passe de cinq à dix-neuf ans

Jusqu'à lundi, le dossier criminel de Me Rochefort, 72 ans, couvrait deux périodes distinctes mais limitées : du 1er au 7 mai 2026 (le volet de l'opération d'infiltration) et de janvier 2007 à janvier 2012 (le volet historique impliquant une personne plaignante désignée à la cour par les initiales A.K.).

Le communiqué du SPVM publié aujourd'hui élargit considérablement la fenêtre temporelle de l'enquête. Les enquêteurs des deux unités spécialisées affirment maintenant que « les évènements qui lui sont reprochés se seraient déroulés entre 2007 et 2026 » — soit une période de dix-neuf années. La formulation, prudente mais précise, suggère que les policiers ont des éléments leur permettant de croire qu'il pourrait exister d'autres victimes durant cette plage temporelle, sans que de nouvelles accusations criminelles aient pour le moment été déposées.

Appel à témoins du SPVM

« Les équipes d'enquête des deux unités spécialisées ont des raisons de croire que Daniel Rochefort aurait pu faire d'autres victimes. »

Toute personne qui aurait été victime, ou qui connaît quelqu'un qui aurait pu être victime de Daniel Rochefort, est invitée à communiquer avec le SPVM.

📞 911 ou 514 280-8502

Section des agressions sexuelles, Service de police de la Ville de Montréal.

Signalements anonymes : Info-Crime Montréal au 514 393-1133 ou via infocrimemontreal.ca

Deux photos, prises à dix-sept ans d'intervalle

Détail inhabituel dans la communication policière : le SPVM publie deux photos de Me Rochefort. L'une remonte à 2009, l'autre à 2026. « Afin de faciliter l'identification du suspect, le SPVM diffuse deux photos de lui puisque son apparence a changé au fil des années », précise le communiqué.

Le choix de remonter à 2009 n'est pas anodin. Il correspond approximativement à la période où le SPVM situe le début des comportements reprochés — 2007 — et il témoigne d'une démarche d'enquête qui cherche à atteindre des personnes qui auraient pu être en contact avec l'avocat il y a près de vingt ans, à une époque où son apparence physique était sensiblement différente.

Le SPVM diffuse également le signalement physique complet du suspect : homme blanc de 72 ans, mesurant 1,73 mètre, pesant 77 kilogrammes, cheveux blancs, yeux bleus.

Les pseudonymes utilisés sur Instagram et Snapchat

Le communiqué confirme également pour la première fois publiquement les pseudonymes utilisés par l'avocat sur les réseaux sociaux dans le cadre des comportements allégués. Selon les enquêteurs, Me Rochefort aurait communiqué avec ses victimes potentielles principalement sur deux plateformes mobiles :

  • Instagram, sous le pseudonyme dannyrock16752
  • Snapchat, sous le pseudonyme dannyrock201721

La diffusion de ces identifiants est une démarche d'enquête classique en matière de cybercrimes sexuels visant des mineurs : elle permet aux personnes qui auraient été en contact avec ces comptes — sans nécessairement connaître l'identité réelle de leur interlocuteur — de se reconnaître et de se manifester auprès des autorités.

Ces pseudonymes — qui combinent un prénom familier et des suites de chiffres — s'inscrivent dans une typologie reconnue par les enquêteurs spécialisés en exploitation sexuelle d'enfants en ligne. Aucune information n'a, à ce stade, été rendue publique sur le nombre de comptes Snapchat ou Instagram qui auraient été en interaction avec ces pseudonymes, ni sur la durée pendant laquelle ces comptes auraient été actifs.

Un déploiement réservé aux dossiers de prédateurs en série

Un autre détail du communiqué officiel mérite une attention particulière. Le SPVM précise :

« L'enquête laissant présager l'existence de plusieurs victimes, la structure de gestion des enquêtes sur les crimes en série (GECS), coordonnée par la Sûreté du Québec, a été déployée. » — Communiqué du SPVM, 13 mai 2026

La GECS est une structure de commandement unifié au sein de laquelle les services de police québécois travaillent en partenariat pour identifier rapidement les crimes commis par des prédateurs et procéder à leur arrestation. Son déploiement, coordonné par la Sûreté du Québec, n'est pas automatique — il est réservé aux dossiers où la police a des motifs sérieux de croire qu'un suspect aurait pu faire plusieurs victimes sur une longue période.

Le fait que la GECS soit activée dans le dossier Rochefort constitue une indication importante : le SPVM ne traite pas ce dossier comme un cas isolé, mais comme une enquête potentielle sur des comportements sériels. La plage temporelle annoncée — dix-neuf années — est cohérente avec cette approche.

Pour les signalements anonymes et confidentiels, le SPVM renvoie également au service Info-Crime Montréal au 514 393-1133, ou au formulaire de signalement disponible sur le site infocrimemontreal.ca.

Le contexte : où en est le dossier criminel

L'appel à témoins lancé mercredi survient au lendemain de la deuxième comparution de Me Rochefort, lundi 11 mai, devant la juge Suzanne Costom de la Cour du Québec. Au terme de cette comparution, neuf nouveaux chefs d'accusation avaient été ajoutés aux deux chefs initiaux — portant le total à onze chefs d'accusation criminels.

Les onze chefs d'accusation criminels — état au 13 mai 2026

Volet 1 (1er–7 mai 2026) : 2 chefs — production de matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels, et corruption d'enfants (matériel sexuellement explicite rendu accessible à un enfant via télécommunications).

Volet 2 (janvier 2007 – janvier 2012) : 9 chefs — 4 chefs de contacts sexuels, 4 chefs d'incitation à des contacts sexuels, 1 chef d'agression sexuelle. Une seule personne plaignante désignée par les initiales A.K.

Statut : Détenu à l'établissement de détention de Montréal (Bordeaux). Représenté par Me Gérald Soulière. Procureure de la Couronne : Me Marissa Maria Kazadellis. Retour devant le tribunal jeudi 14 mai 2026 pour la question de la remise en liberté.

Le communiqué du SPVM diffusé mercredi ne se substitue pas à de nouvelles accusations criminelles. Il s'agit d'une démarche d'enquête publique : si d'autres personnes se manifestent, et si la preuve recueillie permet d'établir d'autres infractions, de nouveaux chefs pourraient être éventuellement déposés. La période d'enquête de dix-neuf années — 2007 à 2026 — couvre toutefois une fenêtre temporelle bien plus large que celle visée par les chefs déjà déposés.

L'angle qu'aucun média grand public n'a encore posé

Une question demeure pour le moment sans réponse publique : le statut professionnel de Me Rochefort au Tableau de l'Ordre du Barreau du Québec.

Au lundi 11 mai, lendemain de la deuxième série d'accusations criminelles, Me Rochefort apparaissait encore au bottin officiel des avocats du Barreau, selon les vérifications du Journal de Montréal. Aucune mesure disciplinaire publique n'avait alors été annoncée.

Or, l'article 122.0.1 du Code des professions permet au syndic d'un ordre professionnel de demander la suspension ou la limitation provisoire des activités d'un membre poursuivi pour une infraction passible de cinq ans de prison ou plus — ce qui est manifestement le cas ici, plusieurs des chefs déposés contre Me Rochefort étant passibles de peines maximales bien supérieures.

Dans une autre affaire récente — celle de l'avocat Émile-Haïm Benamor, propriétaire de l'immeuble du Vieux-Montréal incendié en 2023 — le Conseil de discipline du Barreau du Québec a précisément utilisé cet article pour ordonner une suspension provisoire des activités professionnelles. Le syndic y évoquait des infractions « très graves » et « en contravention directe avec les attributs fondamentaux de la profession d'avocat ». La suspension a depuis été levée par sursis du Tribunal des professions, mais le mécanisme demeure disponible.

Au moment de publier cet article, Justice-Quebec.ca n'a pas obtenu confirmation officielle d'une démarche du syndic du Barreau du Québec concernant Me Daniel Rochefort. Le site Internet du cabinet Rochefort et Associés demeurait inaccessible.

La chronologie actualisée du dossier

Janvier 2007 — Janvier 2012
Période visée par les neuf chefs déposés lundi. Personne plaignante désignée à la cour par les initiales A.K., qui aurait eu moins de 14 ans au début des faits allégués. À PROUVER
2007 — 2026
Période d'enquête élargie annoncée mercredi par le SPVM, dans le cadre de l'appel à témoins. Les pseudonymes dannyrock16752 (Instagram) et dannyrock201721 (Snapchat) auraient été utilisés durant cette plage. ENQUÊTE EN COURS
1er–7 mai 2026
Période visée par les deux premiers chefs. Selon la dénonciation, l'avocat aurait communiqué avec une enquêtrice du SPVM se faisant passer pour une adolescente de 12 ans. À PROUVER
Jeudi 7 mai 2026
Arrestation par le SPVM.
Vendredi 8 mai 2026
Première comparution. Deux chefs déposés. Détention maintenue.
Lundi 11 mai 2026
Deuxième comparution devant la juge Suzanne Costom. Neuf nouveaux chefs ajoutés. Onze chefs au total. Retour fixé au 14 mai. 11 chefs
Mercredi 13 mai 2026
Le SPVM lance un appel public à témoins. Diffusion des photos de 2009 et 2026, des pseudonymes utilisés sur les réseaux sociaux, et du signalement physique. Période d'enquête élargie à 2007-2026. Déploiement de la GECS, coordonnée par la Sûreté du Québec. AUJOURD'HUI
Jeudi 14 mai 2026
Retour devant le tribunal. Question de la remise en liberté.

Ce que cet article ne dit pas — et pourquoi

Cet article rapporte un appel à témoins officiel d'un service de police canadien. Il ne suggère pas que d'autres victimes existent — cela demeure à établir par l'enquête policière. Il rapporte que la police a des raisons de croire que d'autres personnes pourraient avoir été en contact avec Me Rochefort dans les circonstances visées par ses chefs d'accusation.

Aucune des informations rapportées ici ne permet, ni directement ni indirectement, d'identifier la personne plaignante désignée par les initiales A.K. dans la dénonciation initiale. L'ordonnance de non-publication prévue à l'article 486.4 du Code criminel demeure intégralement respectée.

Présomption d'innocence

Me Daniel Rochefort fait face à onze chefs d'accusation criminels. Ces accusations sont des allégations qui n'ont pas été prouvées devant un tribunal. Comme tout accusé au Canada, Me Rochefort bénéficie de la présomption d'innocence jusqu'à ce qu'un tribunal en décide autrement, après un procès complet et équitable.

L'appel à témoins du SPVM est une démarche d'enquête. Il ne constitue pas une preuve de culpabilité et ne crée pas de nouveaux chefs d'accusation. Les éléments qui pourraient être recueillis devront, le cas échéant, faire l'objet d'une preuve devant un tribunal.

Où en sont les choses

Au moment de la publication de cet article, Me Daniel Rochefort demeure détenu à l'établissement de détention de Montréal. Il fait face à onze chefs d'accusation criminels couvrant deux volets distincts. Une enquête policière élargie, couvrant la période 2007-2026, vise désormais à identifier d'éventuelles autres personnes ayant pu être en contact avec lui dans des circonstances visées par les chefs déjà déposés.

L'audience prévue jeudi 14 mai 2026 sera l'occasion de mieux comprendre la position de la défense, le plan de mise en liberté qu'elle proposera, et les motifs précis sur lesquels la Couronne s'appuiera pour s'y opposer. La question de la suspension provisoire des activités professionnelles, au sens de l'article 122.0.1 du Code des professions, demeure pour le moment ouverte.

Justice-Quebec.ca suivra cette audience.

Justice-Quebec.ca · Actualité judiciaire · 13 mai 2026 Onze chefs d'accusation au criminel.
Une enquête désormais élargie à dix-neuf années.
Et un appel public à témoins.

L'accusé est présumé innocent. L'enquête se poursuit.

Sources et références

Source primaire. Communiqué officiel du Service de police de la Ville de Montréal, 13 mai 2026, intitulé « Le SPVM recherche des victimes potentielles de Daniel Rochefort », publié par la Section de l'exploitation sexuelle et la Section des agressions sexuelles (spvm.qc.ca/fr/Actualites/Details/16181). Lignes de signalement : 911 ou Section des agressions sexuelles au 514 280-8502 ; signalements anonymes à Info-Crime Montréal au 514 393-1133.

Couverture journalistique. La Presse, 13 mai 2026, « La police recherche de potentielles victimes de l'avocat Daniel Rochefort ». CBC News Montreal, 13 mai 2026, « Montreal police seek additional victims of Daniel Rochefort, lawyer charged with sex crimes ». Mayssa Ferah, La Presse, articles des 8 et 11 mai 2026. Patrick MacIntyre, Radio-Canada, articles des 8 et 11 mai 2026. Droit-Inc, 11 mai 2026. Camille Payant, Le Journal de Montréal, 11 mai 2026. Paul Cherry, Montreal Gazette, 11 mai 2026.

Acteurs au dossier. Accusé : Me Daniel Rochefort, 72 ans, fondateur de Rochefort et Associés (Montréal), membre du Barreau du Québec depuis 1979. Procureure de la Couronne : Me Marissa Maria Kazadellis, DPCP. Défense : Me Gérald Soulière. Magistrate au 11 mai : juge Suzanne Costom, Cour du Québec. Service de police : SPVM, Section de l'exploitation sexuelle et Section des agressions sexuelles. Structure de gestion des enquêtes sur les crimes en série (GECS), coordonnée par la Sûreté du Québec, déployée le 13 mai 2026.

Références légales. Code criminel, L.R.C. (1985), c. C-46 — art. 151 (contacts sexuels), 152 (incitation à des contacts sexuels), 163.1 (production de matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels), 171.1 (rendre accessible à un enfant du matériel sexuellement explicite), 271 (agression sexuelle), 486.4 (ordonnance de non-publication), 515 (mise en liberté provisoire). Code des professions, RLRQ c C-26, art. 122.0.1 (suspension provisoire d'un professionnel poursuivi pour une infraction passible de cinq ans de prison ou plus). Charte canadienne des droits et libertés, al. 11d) (présomption d'innocence).

Cet article est un suivi journalistique fondé sur un communiqué de police public et sur la couverture journalistique d'accusations criminelles en cours. Justice-Quebec.ca est une plateforme citoyenne indépendante. Cet article ne constitue pas un avis juridique. L'auteur n'est pas avocat. L'accusé est présumé innocent jusqu'à preuve du contraire devant un tribunal.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.