Onze chefs d'accusation. Une opération d'infiltration du SPVM. Une victime alléguée d'enfance qui aurait subi des gestes pendant cinq ans, en partie à l'étranger. Et un accusé qui n'est pas n'importe qui : un avocat civiliste de Montréal, membre du Barreau depuis 46 ans, qui a longtemps représenté le service de police même qui vient de l'arrêter.
⚠ Avis aux lecteurs
Présomption d'innocence. Me Daniel Rochefort fait face à des accusations criminelles. Ces accusations sont des allégations qui n'ont pas été prouvées devant un tribunal. Comme tout accusé au Canada, il bénéficie de la présomption d'innocence jusqu'à ce qu'un tribunal en décide autrement.
Interdit de publication. L'identité de la personne plaignante désignée par ses initiales fait l'objet d'une ordonnance de non-publication standard en vertu de l'article 486.4 du Code criminel. Rien dans cet article ne permet, directement ou indirectement, de l'identifier.
D'un côté : Me Daniel Rochefort, 72 ans, fondateur du cabinet Rochefort et Associés, spécialisé en droit du travail et en droit administratif, avocat du Barreau du Québec depuis bientôt cinq décennies.
De l'autre : le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) — le même corps policier qu'il a longtemps représenté dans des litiges civils, incluant l'ex-directeur du SPVM Philippe Pichet, et qui vient de l'arrêter.
Onze chefs d'accusation. Deux volets distincts. Un sur des faits qui auraient eu lieu la semaine dernière, l'autre sur des faits qui remonteraient à plus de quinze ans. Et un détenu de l'établissement de Bordeaux qui comparaît désormais par visioconférence depuis sa cellule.
Où en est le dossier au 11 mai 2026
2 chefs initiaux déposés vendredi 8 mai 2026 — production de matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels, et corruption d'enfants (avoir rendu accessible à un enfant du matériel sexuellement explicite via télécommunications).
9 nouveaux chefs déposés lundi 11 mai 2026 — agression sexuelle, contacts sexuels (4 chefs) et incitation à des contacts sexuels (4 chefs) sur une personne qui aurait été mineure entre 2007 et 2012, à Montréal et à l'étranger.
Statut : détenu à l'établissement de détention de Montréal (Bordeaux) depuis le 8 mai. Retour devant le tribunal jeudi 14 mai 2026, pro forma. Représenté par Me Gérald Soulière.
L'arrestation : le SPVM piège un avocat qui a longtemps défendu le SPVM
L'arrestation a eu lieu le jeudi 7 mai 2026. Me Daniel Rochefort a été interpellé par le Service de police de la Ville de Montréal.
Selon l'acte d'accusation obtenu par La Presse, les faits reprochés au premier volet seraient survenus entre le 1er et le 7 mai 2026, à Montréal. Une enquêtrice du SPVM se serait fait passer, par télécommunications, pour une adolescente de 12 ans. L'avocat aurait communiqué avec cette personne qu'il croyait être une enfant, et aurait tenté de l'inciter à commettre des gestes de nature sexuelle.
L'opération est classique en matière de protection des enfants en ligne. Elle est également troublante par son contexte : Me Rochefort est connu, dans le milieu juridique montréalais, comme l'un des avocats qui ont représenté le SPVM dans certaines de ses causes civiles les plus médiatisées.
Les causes Pichet et Forget
Me Rochefort a notamment représenté Philippe Pichet, ancien directeur du SPVM de 2015 à 2017, dans le litige civil qui a suivi sa destitution. Selon Le Journal de Montréal, M. Pichet « contestait sa destitution qui constituait un congédiement déguisé et poursuivait son ancien employeur pour harcèlement psychologique ».
Avant cela, Me Rochefort avait représenté Marcel Forget, ex-numéro 2 de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), également dans un dossier de congédiement déguisé.
L'ironie est notée par tous les médias québécois qui couvrent l'affaire : c'est ce même service de police qu'il a défendu professionnellement pendant des années qui l'a piégé dans une opération d'infiltration.
La première comparution : un avocat seul, l'air confus
Le vendredi 8 mai 2026, Me Rochefort comparaît par visioconférence au palais de justice de Montréal. Il n'est pas représenté par avocat — situation surprenante pour un membre du Barreau depuis 1979.
La procureure de la Couronne, Me Marissa Maria Kazadellis, s'oppose à sa remise en liberté et annonce que d'autres chefs seront déposés sous peu.
Selon La Presse, Me Rochefort paraît confus. L'échange devient révélateur :
« On s'objecte à ma remise en liberté si je comprends bien ? » — Me Daniel Rochefort, comparution du 8 mai 2026 (cité par La Presse)
Lorsque le juge l'informe que le dossier est reporté à lundi, l'accusé proteste. Il explique qu'il doit plaider « un dossier énorme » à Joliette ce lundi-là, où un client attend son procès depuis cinq ou six mois. Selon La Presse :
« Laissez-moi lundi faire au moins ce procès-là… je peux être là mardi ou mercredi. Je suis complètement désemparé, le client attend son procès depuis cinq ou six mois. » — Me Daniel Rochefort, plaidant pour pouvoir d'abord plaider son dossier de Joliette
Le juge l'interrompt et lui rappelle « qu'il faisait face à de sérieuses accusations ». Me Rochefort passera la fin de semaine en détention.
Lundi 11 mai : neuf nouveaux chefs, et un détail qui frappe
Le lundi 11 mai en après-midi, Me Rochefort comparaît à nouveau, cette fois devant la juge Suzanne Costom de la Cour du Québec, par visioconférence depuis l'établissement de détention de Montréal (Bordeaux). Il est désormais représenté par Me Gérald Soulière.
Neuf nouveaux chefs d'accusation sont déposés contre lui — portant le total à onze. Selon les médias qui ont consulté la dénonciation, ces chefs concernent une seule et même personne plaignante, qui aurait été mineure au moment des faits allégués.
Les faits allégués au second volet
Les neuf nouveaux chefs couvrent des gestes qui auraient été commis entre janvier 2007 et janvier 2012, soit sur une période de cinq ans. Selon la dénonciation rapportée par les médias :
- La personne plaignante aurait eu moins de 14 ans au début des gestes allégués
- Les faits se seraient produits à Montréal et à l'étranger
- Me Rochefort fait face à quatre chefs de contacts sexuels, quatre chefs d'incitation à des contacts sexuels, et un chef d'agression sexuelle
Une ordonnance de non-publication standard couvre l'identité de la personne plaignante, qui est désignée à la cour seulement par ses initiales.
Un échange étrange devant la juge Costom
Selon Le Journal de Montréal, un moment de l'audience a marqué les observateurs. Lorsque la personne plaignante a été désignée par ses initiales, Me Rochefort n'a pas semblé reconnaître de qui il s'agissait. Ce n'est que lorsque son nom complet a été prononcé qu'il a paru savoir à qui les accusations faisaient référence.
Lorsque la juge Costom lui demande s'il consent à renoncer au délai de trois jours prévu par la loi pour la tenue de son enquête sur remise en liberté, et à reporter cette audience à jeudi, l'avocat hésite. Selon la Montreal Gazette, il répond à son propre avocat par une question : « Do you want me to say yes » (« Voulez-vous que je dise oui ? »). La juge intervient et demande à entendre ce que lui-même en pense. Sa réponse, rapportée tant par La Presse que par Le Journal de Montréal :
« Je n'ai pas envie d'être ici, mais je pense que je n'ai pas le choix, alors je vais consentir. » — Me Daniel Rochefort, comparution du 11 mai 2026
Le dossier est reporté à jeudi 14 mai 2026, pro forma. D'ici là, Me Rochefort demeure en détention à Bordeaux. Il lui est interdit de communiquer avec la personne plaignante alléguée et sa famille.
Pourquoi la Couronne s'oppose à sa libération
En droit canadien, une personne accusée est normalement libérée sous conditions en attente de son procès — c'est le principe fondamental de la mise en liberté provisoire prévu à l'article 515 du Code criminel. Mais certains motifs peuvent justifier que le tribunal ordonne le maintien en détention.
Les trois motifs prévus au Code criminel pour refuser la remise en liberté
1. Assurer la présence du prévenu au tribunal (le risque de fuite).
2. Protéger la sécurité du public, y compris celle des témoins et des victimes.
3. Préserver la confiance du public dans l'administration de la justice.
C'est le troisième motif qui, dans des dossiers impliquant des personnes ayant occupé des fonctions publiques ou exercé une profession à grande visibilité, prend souvent une importance particulière.
Selon Radio-Canada, ce sont précisément ces critères que la Couronne fait valoir pour s'opposer à la remise en liberté de Me Rochefort. L'enquête sur remise en liberté est désormais prévue pour le 14 mai. C'est à cette occasion que le tribunal entendra les représentations de la défense et de la Couronne sur les motifs justifiant — ou non — le maintien en détention provisoire.
Le profil professionnel d'un avocat de 46 ans de carrière
Me Daniel Rochefort, 72 ans, a été admis au Barreau du Québec en 1979 selon Droit-inc, ou en 1980 selon Le Journal de Montréal. Quelle que soit l'année exacte, il s'agit d'une carrière d'environ 46 ans au moment des accusations. Après un passage dans plusieurs grands cabinets, il fonde Rochefort et Associés en 1996 — un cabinet boutique spécialisé en droit du travail, droit administratif, litige civil et droit commercial.
Selon le site internet de son cabinet — qui n'était plus accessible le lundi 11 mai en après-midi —, l'avocat se présentait également comme un homme d'affaires « qui possède des intérêts variés dans diverses compagnies privées à travers le Canada, l'Europe et le Moyen-Orient », enseignant et conférencier.
Plusieurs médias soulignent par ailleurs que Me Rochefort s'est impliqué dans l'administration de concours internationaux de beauté pour adolescents — notamment Mister & Miss Teenager Universe. Une publication Instagram de l'organisation datée de juillet 2023 le décrivait comme « philanthrope, avocat international et propriétaire du cabinet d'avocats boutique Rochefort et Associés », ajoutant que « son expérience au sein de l'organisation Miss Universe aidera les adolescents à grandir et à réaliser leur passion ». Aucun lien direct n'a été établi par les autorités policières ou judiciaires, à ce stade, entre cette implication et les accusations actuelles.
Selon Le Journal de Montréal, Me Rochefort apparaissait toujours au bottin des avocats du Barreau du Québec le lundi 11 mai en après-midi. Aucune décision disciplinaire publique n'avait, à ce jour, été annoncée par le Barreau concernant ces accusations criminelles.
La chronologie du dossier
Ce que cet article ne dit pas — et pourquoi
Cet article s'en tient strictement à ce qui a été déposé en cour et rapporté par les médias. Il ne porte aucune appréciation sur la culpabilité ou l'innocence de Me Rochefort — c'est au tribunal qu'il reviendra de trancher cette question, sur la base d'une preuve qui n'a pas encore été présentée. Il ne nomme pas, ne décrit pas, et ne permet pas, même indirectement, d'identifier la personne plaignante, conformément à l'ordonnance de non-publication prévue à l'article 486.4 du Code criminel.
L'audience du 14 mai 2026 — celle qui tranchera la question de la remise en liberté — sera l'occasion de mieux comprendre la position de la défense, le plan de mise en liberté qu'elle proposera, et les motifs précis sur lesquels la Couronne s'appuie pour s'y opposer. Justice-Quebec.ca suivra cette audience.
Où en sont les choses
Au moment de la publication de cet article, Me Daniel Rochefort est détenu à l'établissement de détention de Montréal. Il fait face à onze chefs d'accusation couvrant deux volets distincts : une opération d'infiltration récente, et des faits allégués remontant à 2007–2012.
Il est présumé innocent, et il bénéficie de ce statut tant qu'un tribunal n'aura pas conclu autrement après un procès complet et équitable.
Son dossier disciplinaire au Barreau du Québec n'a, à ce jour, fait l'objet d'aucune annonce publique. Le site internet de son cabinet n'était plus accessible le lundi 11 mai en après-midi.
L'enquête sur remise en liberté est attendue le jeudi 14 mai 2026.
Une opération d'infiltration menée par le même service de police
qu'il avait défendu pendant des années dans ses causes civiles.
L'accusé est présumé innocent. La présomption demeure jusqu'à ce qu'un tribunal en décide autrement.
Sources et références
Couverture journalistique. Mayssa Ferah, La Presse, 8 mai 2026 (article original avec consultation de l'acte d'accusation initial) et mise à jour du 11 mai 2026. Camille Payant, Le Journal de Montréal, 11 mai 2026 (avec consultation de la dénonciation). Patrick MacIntyre, Radio-Canada, 11 mai 2026. Paul Cherry, Montreal Gazette, 11 mai 2026 (identification de la juge Costom et ventilation précise des chefs). Élisabeth Fleury, Droit-inc, 11 mai 2026.
Acteurs au dossier. Accusé : Me Daniel Rochefort, 72 ans, fondateur de Rochefort et Associés (Montréal), membre du Barreau du Québec depuis 1979 ou 1980 selon les sources. Procureure de la Couronne : Me Marissa Maria Kazadellis, DPCP. Défense : Me Gérald Soulière (à partir du 11 mai). Magistrate au 11 mai : juge Suzanne Costom, Cour du Québec. Service de police : SPVM.
Références légales. Code criminel, L.R.C. (1985), c. C-46 — art. 151 (contacts sexuels), 152 (incitation à des contacts sexuels), 163.1 (pornographie juvénile), 171.1 (rendre accessible à un enfant du matériel sexuellement explicite), 271 (agression sexuelle), 486.4 (ordonnance de non-publication), 515 (mise en liberté provisoire). Charte canadienne des droits et libertés, al. 11d) (présomption d'innocence).
Cet article est une synthèse éditoriale fondée sur la couverture journalistique publique d'accusations criminelles en cours. Justice-Quebec.ca est une plateforme citoyenne indépendante. Cet article ne constitue pas un avis juridique. L'auteur n'est pas avocat. L'accusé est présumé innocent jusqu'à preuve du contraire devant un tribunal.
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