Par Justice-Québec | Dossier spécial
Élections 2026 au Barreau du Québec : cinq postes, des enjeux inédits
Le renouvellement du Conseil d’administration se déroule alors que l’Ordre traverse une période de tensions avec le gouvernement et fait face à de nouveaux enjeux, de l’intelligence artificielle à la santé mentale des avocats.
MONTRÉAL — Le Barreau du Québec a lancé le 26 février son processus électoral 2026 pour pourvoir cinq postes d’administrateurs à son Conseil d’administration. Le scrutin électronique, ouvert du 1er mai (9 h) au 8 mai (16 h), intervient dans un contexte politique chargé pour l’ordre professionnel qui encadre la pratique de quelque 31 200 avocats.
Cinq sièges, quatre sections
Deux postes sont ouverts pour la section de Montréal, un pour la section de Québec, un pour la section de Richelieu (élu par les membres d’Arthabaska, Longueuil et Richelieu) et un pour la section de Bedford (élu par Bedford, Mauricie et Saint-François). Tous les mandats sont de deux ans. La période de mise en candidature, qui nécessitait l’appui de 30 membres, s’est close le 24 mars. Le Conseil d’administration compte 16 membres : 12 élus et quatre nommés par l’Office des professions.
Les forces en présence
La lutte s’annonce serrée à Montréal. Les deux administrateurs sortants, Me Extra Junior Laguerre et Me Mylène Lemieux-Ayotte, avaient été élus en 2023 pour un premier mandat et sont éligibles à un second. Me Laguerre, ancien bâtonnier de Montréal (2021-2022) et fondateur de Laguerre Fiscaliste, et Me Lemieux-Ayotte, conseillère juridique chez Cisco, avaient mené campagne conjointement en 2023. D’autres candidatures pourraient également émerger.
À Québec, la course se joue traditionnellement sur la capacité du candidat à unifier les avocats du secteur public et ceux de la pratique privée. Pour les sections régionales, le bâtonnier Nadeau avait lui-même signalé, dès sa candidature au bâtonnat, un manque de relève dans certaines sections pour pourvoir les postes d’administrateurs. La liste des candidats en lice est publiée sur le site du Barreau.
IA, bien-être et accès à la justice : les trois thèmes du scrutin
Trois thèmes dominent les débats électoraux. L’intelligence artificielle est le sujet numéro un : comment encadrer l’usage des outils d’IA générative pour protéger le secret professionnel? La santé mentale arrive ensuite, après l’adoption par le Conseil d’un Plan d’action 2024-2026 en matière de bien-être. Enfin, l’accès à la justice et la pérennité de l’aide juridique demeurent prioritaires, notamment depuis que le Barreau a été contraint de se retirer de la négociation directe des tarifs d’aide juridique, selon le rapport annuel 2024-2025.
Le Barreau face au gouvernement : un contexte sans précédent
En octobre 2025, le Barreau exhortait le Conseil du Trésor à cesser les compressions budgétaires dans les tribunaux. Le 13 novembre, dans un communiqué officiel, l’Ordre évoquait des « risques de dérives autoritaires » face aux projets de loi 1 (constitution), 3 (syndicats) et la Loi 2 (médecins, déjà adoptée), demandant le retrait de plusieurs dispositions. En entrevue avec Le Devoir, le bâtonnier Nadeau révélait qu’un sondage commandé par l’Ordre montrait que la proportion de Québécois estimant que l’état de droit est respecté était passée de 75 % en août à 59 % en novembre 2025.
Le 3 décembre, le Barreau déposait un mémoire sur le projet de loi 1 devant la Commission des institutions, identifiant plus d’une douzaine de dispositions problématiques, dont la création d’un Conseil constitutionnel et l’interdiction pour les ordres professionnels de contester certaines lois. Deux jours plus tard, le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette s’en prenait publiquement au Barreau. Le ministre a publiquement reproché au bâtonnier un manque de nuance, l’accusant d’avoir comparé le Québec à des régimes autoritaires. Le bâtonnier Nadeau rétorquait que le ministre « faisait diversion » et que le vrai débat portait sur la défense d’un état de droit fort.
Réforme du système professionnel en arrière-plan
Le projet de loi 15, déposé en décembre 2025, vise à modifier le Code des professions pour alléger les processus réglementaires et accroître l’autonomie des ordres. Le Plan stratégique 2022-2026 avait identifié une confusion persistante entre protection du public et défense des intérêts socio-économiques des avocats. Le rapport annuel 2024-2025 indique que le programme d’inspection a été entièrement réformé : le Barreau est passé de 230 mesures d’inspection en 2023-2024 à 2 200 inspections complétées au terme du dernier exercice, une hausse que l’Ordre qualifie lui-même de « spectaculaire ». Les futurs administrateurs hériteront de cette transformation en cours.
Le défi de la participation
Le Barreau doit composer avec une apathie électorale chronique. En 2023, le taux de participation n’était que de 8,35 % à Montréal, 13,64 % à Québec et 8,58 % pour Laurentides-Lanaudière, Laval et Outaouais, selon les données officielles du Barreau. L’Ordre espère franchir la barre des 30 % grâce au scrutin entièrement en ligne et à une campagne de sensibilisation. La foire aux questions électorale est disponible sur le site du Barreau. Le paradoxe est frappant : l’institution qui se bat publiquement pour la démocratie peine à mobiliser sa propre base électorale.
À suivre
Le 8 mai prochain à 16 h, le dépouillement déterminera qui de la relève ou de l’expérience guidera les avocats québécois vers 2028. Les candidats devront répondre à une question fondamentale : quel Barreau veut-on? Un ordre combatif face aux dérives législatives, ou une institution privilégiant le dialogue? D’ici là, les vidéos de présentation des candidats sur le site officiel du Barreau et les débats organisés par les sections locales seront à surveiller.
EN BREF — ÉLECTIONS 2026
Scrutin : 1er mai (9 h) au 8 mai (16 h), en ligne
Postes : Montréal (2), Québec (1), Richelieu (1), Bedford (1) — mandats de 2 ans
Sortants Montréal : Me Laguerre et Me Lemieux-Ayotte (éligibles à un 2e mandat)
Bâtonnier : Me Marcel-Olivier Nadeau (non soumis au vote en 2026)
Participation 2023 : 8,35 % (Mtl), 13,64 % (Qc), 8,58 % (régions)
Enjeux : IA, bien-être, accès à la justice, défense de l’état de droit
Info : elections@barreau.qc.ca | barreau.qc.ca
Ajouter un commentaire
Commentaires