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Droit familial — Guide pratique

Loi P-38 au Québec

Évaluation psychiatrique forcée — droits, délais et recours — La seule loi au Québec qui permet d'hospitaliser une personne sans son consentement en raison de son état mental. Que vous soyez la personne visée ou un proche inquiet, connaître vos droits et les délais légaux peut tout changer.

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📞 Ressources de crise — Accès immédiat
Urgence immédiate 911
Info-Social — CLSC (intervenant 24h/24) 811
Prévention du suicide 1 866 APPELLE (277-3553)

Un proche en crise refuse de consulter. Ou bien c'est vous qu'on veut hospitaliser de force. Dans les deux cas, la Loi P-38 encadre la seule situation où le Québec permet de priver une personne de sa liberté en raison de son état mental.

Ce guide vous explique les trois types de garde, les délais à connaître absolument, les droits de la personne gardée, les recours disponibles — et la réforme en cours en 2026.

Fondement légal

Qu'est-ce que la loi P-38 — et pourquoi elle existe

La Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui (RLRQ, c. P-38.001) est entrée en vigueur au Québec en 1998. Elle découle notamment des articles 26 à 31 du Code civil du Québec, dont l'article 27 qui prévoit que le tribunal peut ordonner qu'une personne soit gardée dans un établissement de santé pour y subir un examen psychiatrique, même sans son consentement.

C'est une loi d'exception. Elle ne s'applique que si deux conditions sont réunies simultanément : la personne refuse de consulter ET son état mental présente un danger pour elle-même ou pour autrui. Si l'une des deux conditions est absente, la P-38 ne s'applique pas. Le consentement doit toujours être recherché en premier.

La loi P-38 ne peut être invoquée que lorsque aucune autre solution n'est disponible. Son application est strictement encadrée et soumise à des délais légaux stricts dont le non-respect entraîne la libération immédiate de la personne.

Délais critiques

Les trois types de garde — délais stricts et non négociables

72
heures max.
Type A — Mesure d'urgence
Garde préventive

Un médecin peut ordonner une garde préventive sans autorisation du tribunal si l'état mental d'une personne présente un danger grave et immédiat. Un policier ou un intervenant de crise peut amener la personne à l'hôpital, mais la garde préventive doit être ordonnée par un médecin ou une IPS autorisée.

Point crucial : la garde préventive ne permet PAS d'imposer une évaluation psychiatrique. Si la personne refuse, l'établissement doit obtenir une ordonnance de la Cour du Québec (garde provisoire). À l'expiration des 72 heures sans ordonnance, la personne doit être libérée. Exception : si les 72 heures se terminent un samedi, dimanche ou jour férié sans juge disponible, la garde peut être prolongée jusqu'au premier jour ouvrable suivant (art. 7 al. 3 de la Loi P-38.001).

Recours : aucun mécanisme de contestation standard n'est prévu spécifiquement pour cette étape. En cas de détention illégale (délais dépassés), des recours judiciaires existent, notamment l'habeas corpus.

144
heures max.
Type B — Ordonnée par un juge
Garde provisoire

La garde provisoire est ordonnée par un juge de la Cour du Québec afin de soumettre la personne à deux évaluations psychiatriques complètes. Elle peut être demandée par un médecin ou par un proche (appelé « intéressé » dans la loi). La durée est de 144 heures (6 jours) à partir de la prise en charge. Si la personne était déjà en garde préventive, la durée est de 96 heures à compter de l'ordonnance.

Première évaluation psychiatrique : doit avoir lieu dans les 24 heures suivant l'ordonnance. Si le premier psychiatre conclut qu'il n'y a pas de dangerosité, la personne est libérée immédiatement.
Deuxième évaluation psychiatrique : dans les 48 heures (si garde préventive préalable) ou 96 heures (si non hospitalisée avant l'ordonnance). Si ce second psychiatre conclut aussi à la dangerosité, l'établissement a 48 heures pour demander une garde autorisée.
Règle absolue : ces délais sont stricts et non négociables. S'ils ne sont pas respectés, la garde prend fin automatiquement et la personne doit être libérée immédiatement — même si les évaluations n'ont pas été réalisées.
30
jours typ.
Type C — Tribunal — Renouvelable
Garde autorisée

Si les deux évaluations concluent à la dangerosité et que la personne refuse de rester hospitalisée, l'établissement doit déposer une demande de garde autorisée auprès de la Cour du Québec dans les 48 heures suivant le deuxième examen. La durée est typiquement de 30 jours, renouvelable si la personne représente toujours un danger.

Au 21e jour : si la garde dépasse 21 jours, un rapport psychiatrique supplémentaire doit être produit. Sans ce rapport, la garde prend fin automatiquement.
Règle fondamentale : dès qu'un médecin constate que la garde n'est plus nécessaire, la personne doit être informée et libérée immédiatement — même si la période autorisée n'est pas expirée. C'est une obligation légale.
Pour un proche inquiet

Comment un proche peut demander une évaluation psychiatrique forcée

✓ En situation d'urgence — danger grave et immédiat

Appelez le 911. Les policiers peuvent amener une personne à l'hôpital en vertu de l'article 8 de la Loi P-38 si son état mental présente un danger grave et immédiat. Un médecin à l'urgence évaluera la situation et ordonnera ou non une garde préventive.

Avant d'appeler le 911, vous pouvez composer le 811 (Info-Social) pour parler à un intervenant psychosocial de votre CLSC, disponible 24h/24. Il peut évaluer si la situation nécessite une intervention policière, ou vous orienter vers un service de crise. Une équipe mobile de crise peut parfois obtenir le consentement volontaire de la personne, évitant ainsi le recours forcé.

✓ Sans urgence immédiate — démarche devant la Cour du Québec

Si la personne présente un danger mais que la situation n'est pas immédiate, vous pouvez vous adresser directement à la Cour du Québec pour demander une ordonnance de garde provisoire (formulaire SJ-1223, disponible au greffe). Votre demande devra démontrer un danger réel et actuel avec des faits concrets et récents : les comportements observés avec dates et circonstances précises, les paroles ou gestes problématiques et les témoins éventuels. Un rapport médical, même du médecin de famille, peut renforcer votre dossier.

💡 Conseil pratique

Si votre proche est placé sous garde provisoire, soyez disponible pour fournir des informations au psychiatre. Votre témoignage sur les comportements récents est essentiel pour une évaluation complète. Documentez précisément ce que vous avez observé avec des dates.

Droits garantis

Droits de la personne gardée en établissement

Être placé sous garde en vertu de la P-38 ne signifie pas perdre tous ses droits. La Charte québécoise et la Charte canadienne continuent de s'appliquer.

📋
Être informé

L'établissement doit vous remettre le document sur vos droits et recours dès la mise sous garde et après chaque rapport d'examen psychiatrique. Exigez-le si vous ne l'avez pas reçu.

💊
Refuser les traitements

La garde n'autorise PAS l'hôpital à vous imposer des médicaments. Pour imposer un traitement, l'établissement doit obtenir une ordonnance distincte d'autorisation de soins en vertu de l'article 16 du Code civil du Québec — procédure complètement séparée.

📞
Communiquer librement

Vous avez le droit de communiquer en tout temps avec un avocat, vos proches, le Curateur public et le TAQ. Personne ne peut intercepter votre correspondance avec ces instances.

⚖️
Être représenté

Vous pouvez être représenté par un avocat devant le tribunal. L'aide juridique peut couvrir vos frais si vous y êtes admissible.

🔓
Libération automatique si délais non respectés

Si les évaluations psychiatriques ne sont pas réalisées dans les délais légaux, ou si un médecin constate que la garde n'est plus nécessaire, vous devez être libéré immédiatement. Ce droit est non négociable.

Recours

Comment contester votre garde

✓ Option 1 — Devant la Cour du Québec

Lorsque l'établissement demande une prolongation de votre garde, vous avez le droit de vous exprimer devant le juge et de contester. C'est l'établissement qui a le fardeau de prouver que vous représentez toujours un danger. Vous pouvez présenter des témoins et être représenté par un avocat.

✓ Option 2 — Devant le Tribunal administratif du Québec (TAQ)

Une fois sous garde autorisée, une simple lettre exposant vos motifs de contestation constitue une requête valide. Le TAQ doit entendre votre demande d'urgence. La composition : trois juges administratifs — un avocat ou notaire, un psychiatre, et un psychologue ou travailleur social. Important : le dépôt du recours ne suspend pas votre garde. Vous restez hospitalisé pendant l'examen de votre demande. Consultez également l'aide-mémoire TAQ sur les types de garde et délais (PDF).

TAQ — Contacts directs
Montréal(514) 873-7154
Québec(418) 643-3418
Sans frais1 800 567-0278
✓ Option 3 — Habeas corpus à la Cour supérieure

Si vous êtes gardé au-delà de la durée autorisée par le tribunal, vous pouvez présenter une demande d'habeas corpus à la Cour supérieure. Un juge doit entendre votre demande dès réception. Ce recours est réservé aux situations où la détention est illégale — au-delà des délais ou conditions fixés par le tribunal.

Gardes abusives

Gardes abusives — l'entente de 8,5 millions de dollars

La Loi P-38 n'est pas toujours appliquée correctement. Le Protecteur du citoyen a documenté de nombreuses violations : des personnes gardées au-delà de 72 heures sans ordonnance, non informées de leurs droits, ou dont les évaluations n'ont pas été réalisées dans les délais prescrits.

8,5M$
En octobre 2024, une entente de 8,5 millions de dollars a été soumise à la Cour supérieure pour indemniser les personnes gardées plus de 72 heures sans ordonnance. Chaque requérant admissible peut obtenir 1 000 $ par jour de garde injustifiée — soit chaque jour dépassant les 72 heures permises sans autorisation judiciaire.

Cette entente confirme clairement que la détention au-delà des délais légaux constitue une atteinte aux droits fondamentaux de la personne, reconnue et sanctionnée par les tribunaux québécois.

Si vous pensez avoir été gardé illégalement au-delà des délais permis, consultez un avocat ou contactez le Protecteur du citoyen. Des ressources comme Action Autonomie et l'AGIDD-SMQ peuvent aussi vous accompagner.

Réforme 2026

La réforme de la Loi P-38 — où en est-on en 2026 ?

La Loi P-38 fait l'objet d'une révision en profondeur depuis 2024. Le ministre responsable des Services sociaux a confié un mandat à l'Institut québécois de réforme du droit et de la justice (IQRDJ), dont le rapport final a été publié en décembre 2025.

⊕ Recommandations clés de l'IQRDJ

La notion de dangerosité grave ou immédiate doit demeurer le critère central

L'institut recommande que la P-38 reste une loi d'exception. Remplacer ce critère par un « risque de compromission pour la sécurité » risquerait de faciliter l'hospitalisation forcée d'une trop grande partie de la population.

Piste : un tribunal unifié en santé mentale

Parmi les pistes discutées figure la création d'un tribunal spécialisé regroupant juristes, travailleurs sociaux et psychiatres travaillant en équipe — ce qui permettrait une meilleure application de la loi et des décisions plus adaptées aux réalités cliniques.

⚖ Les deux camps du débat

Pour plus de souplesse : l'Association des médecins psychiatres du Québec et des regroupements de familles estiment que le critère actuel est trop restrictif et que des personnes vulnérables passent entre les mailles du filet.

Pour maintenir les protections : l'AGIDD-SMQ rappelle qu'une consultation auprès de 300 personnes ayant vécu une hospitalisation forcée conclut que cette expérience aggrave souvent les problèmes de santé mentale — en raison des conditions d'hospitalisation, des violences institutionnelles et de la désaffiliation aux services qui en découle.

Outil

Utiliser l'IA pour comprendre vos droits et préparer votre démarche

💡 Comprendre la procédure

Demandez à un assistant IA d'expliquer en langage simple les étapes de la garde en établissement au Québec et les délais applicables à votre situation spécifique.

💡 Préparer une demande de garde provisoire (proche)

Décrivez les comportements observés à l'IA et demandez-lui de vous aider à structurer votre demande pour la Cour du Québec avec les faits concrets requis.

💡 Rédiger une contestation au TAQ (personne gardée)

L'IA peut vous aider à rédiger une lettre de contestation de garde adressée au TAQ, en organisant vos motifs de façon claire et structurée.

💡 Analyser votre position

Demandez à l'IA d'agir comme l'avocat de l'établissement et d'identifier les points faibles de votre contestation — pour mieux vous préparer.

💡 Comprendre un jugement ou une ordonnance reçue

Copiez le texte du document dans l'IA et demandez une explication en langage clair, paragraphe par paragraphe.

⚠ Avertissement important

L'IA peut commettre des erreurs. Vérifiez toujours avec les sources officielles et consultez un avocat spécialisé avant de prendre des décisions qui affectent votre liberté ou celle d'un proche. La P-38 touche à des droits fondamentaux qui nécessitent un accompagnement professionnel.

Lecture complémentaire

Au-delà de la loi — le vécu de onze personnes psychiatrisées

Ce guide vous a présenté le cadre légal de la P-38 : délais, droits, recours. Mais la loi ne raconte qu'une partie de l'histoire. Pour comprendre ce que signifie vivre une hospitalisation forcée — l'avant, le pendant, l'après — nous vous proposons en complément un document de recherche qualitative fondé sur onze témoignages de personnes ayant traversé le processus.

« L'hospitalisation forcée : Au-delà de la Loi P-38 » — Recherche menée par Anne-Marie Urli en collaboration avec PLAIDD-BF (Promotion, Lutte et Information pour la Défense des Droits en santé mentale du Bas-Saint-Laurent). Un éclairage rare et nécessaire sur ce que la loi ne dit pas.

Plutôt que de multiplier les chiffres et les statistiques, la chercheure a choisi de donner la parole à celles et ceux qui ont vécu la garde en établissement. Onze personnes, onze parcours différents — une toxicomane victime d'un appel injustifié, une mère dont une intervenante de la DPJ a menti pour provoquer l'hospitalisation, un homme que la pauvreté empêche de trouver un avocat pour se défendre, une femme dont les idées suicidaires auraient pu être désamorcées par une simple conversation. Leurs récits montrent, un à un, comment la loi se traduit dans la réalité.

Le document est structuré en quatre temps qui suivent la trajectoire d'une hospitalisation forcée :

✓ Avant — ce qui a mené à l'hospitalisation

La famille, le parcours scolaire, les premiers signes, l'élément déclencheur. Presque aucun des participants ne se considérait dangereux au moment de l'intervention. Pour plusieurs, c'est un proche, une travailleuse sociale ou une intervenante qui a enclenché le processus — parfois sur la base d'informations erronées.

✓ Pendant — l'expérience à l'hôpital et à la cour

La relation avec le personnel, le chantage à la médication, l'isolement, les contentions, l'infantilisation, l'arbitraire des règles. Le passage à la cour souvent flou, sans avocat, sans vêtements adéquats, sous l'effet de la médication. Le sentiment qu'une décision est déjà prise avant même d'avoir parlé.

✓ Après — la sortie et la reconstruction

Le manque de suivi. Les relations avec la famille transformées — souvent pour le pire. Le stigmate qui colle. La perte de crédibilité auprès des proches. Et, en parallèle, la réappropriation du pouvoir : recherches personnelles, groupes d'entraide, remise en question du diagnostic, retour aux études, réorientation professionnelle.

✓ Avenir — les solutions proposées par les participants eux-mêmes

Le rapport se termine par sept recommandations d'urgence issues des témoignages : isolement en dernier recours seulement et d'une durée maximale de deux heures, sortie quotidienne obligatoire, droit réel à un avocat, accès libre des organismes de défense des droits à l'aile psychiatrique, et possibilité d'un recours collectif pour les personnes ayant subi des abus.

📄 Pourquoi lire ce document en plus du guide ? Parce qu'il complète ce que la loi seule ne peut pas expliquer. Si vous êtes un proche qui envisage de déclencher une P-38, ces témoignages vous feront comprendre ce que la personne visée va vivre — et vous inciteront peut-être à privilégier d'abord le 811, un centre de crise ou une équipe mobile. Si vous êtes une personne ayant vécu une garde et que vous cherchez à mettre des mots sur votre expérience, vous vous reconnaîtrez probablement dans ces pages. Si vous êtes un intervenant, un avocat ou un étudiant, c'est un rappel essentiel que derrière chaque dossier de garde, il y a une personne dont la trajectoire de vie se joue.

Le rapport complet (58 pages, PDF) est disponible en téléchargement au bas de cette page.

⚠ Note éditoriale

Ce rapport est une recherche universitaire indépendante menée en 2021. Il ne constitue pas une position officielle de Justice-Quebec.ca, ni un avis médical ou juridique. Les témoignages recueillis sont ceux de personnes ayant vécu l'application de la Loi P-38 et reflètent leur expérience subjective. Nous le mettons à disposition parce qu'il documente ce que les textes de loi ne peuvent pas documenter : le vécu humain de l'hospitalisation forcée.

En résumé

Les délais sont vos alliés. Connaissez-les.

La P-38 est une loi d'exception aux conditions strictes : danger réel et refus de consulter — les deux conditions doivent être réunies. Ses délais sont rigides et leur non-respect entraîne la libération automatique. Que vous soyez la personne gardée ou un proche, connaître ces délais est votre première ligne de défense. Si vous contestez une garde : le TAQ est accessible par simple lettre, et l'aide juridique peut couvrir les frais d'un avocat. Et si vous avez été gardé illégalement au-delà de 72 heures, un recours en indemnisation existe.

Ce guide est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Vérifiez toujours les informations critiques auprès de sources officielles ou consultez un avocat. L'aide juridique peut couvrir vos frais si vous y êtes admissible. L'auteur de ce site n'est pas avocat.

Vérifiez toujours auprès d'un avocat, du Barreau du Québec, du greffe concerné ou sur Légis Québec.

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Rapport Sur Le P 38 Pdf
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