DPJ et violence conjugale : signaler son agresseur, perdre ses enfants

Publié le 29 mai 2026 à 11:15
Enquête éditoriale · DPJ et violence conjugale Justice-Québec.ca · Mai 2026

Au Québec, des parents qui ont fait exactement ce qu’on dit aux victimes de faire — dénoncer, documenter, coopérer — perdent la garde de leurs enfants. La mécanique des plaintes croisées, le piège de l’aliénation parentale, et l’immense écart entre les textes officiels et l’expérience vécue des familles. Tour d’horizon.

📄 Cet article s’appuie sur des données officielles, des études universitaires, des reportages publiés, des arrêts de la Cour suprême du Canada et plus de deux ans de témoignages reçus à la rédaction. Les sources complètes sont disponibles à la fin de l’article, ainsi que les jugements clés en version téléchargeable.

Elle a quitté l’homme qui la frappait. Elle a appelé le 911. Elle a fait sa déposition à la police. Elle s’est réfugiée en maison d’hébergement avec ses enfants. Elle a remis ses photos, ses messages, ses rapports médicaux. Elle a obtenu son numéro de dossier à l’IVAC. La DPJ est entrée dans sa vie le jour où elle est partie — et au début, la DPJ l’a crue.

Six mois plus tard, elle voyait ses enfants deux heures par semaine. Dans un local supervisé. Avec une intervenante qui prenait des notes. La garde, elle, avait été confiée au père. Celui qu’elle avait fui.

Elle a fait exactement ce qu’on dit aux victimes de violence conjugale de faire. Et c’est précisément pour ça qu’elle a perdu ses enfants.

Ce n’est pas une histoire isolée. C’est une mécanique. Et au Québec, ce ne sont pas seulement des mères qui la vivent — ce sont aussi des pères. La grande majorité des victimes de violence conjugale sont des femmes, les chiffres ne mentent pas. Mais la mécanique des plaintes croisées, elle, n’a pas de sexe : elle se referme sur le parent qui a dénoncé, peu importe qui il est. Toujours la même séquence, à quelques détails près. Pas à pas.

La mécanique, étape par étape

Voici comment ça se passe, dans la grande majorité des dossiers qui aboutissent dans nos courriels.

Étape 1. Le parent victime finit par dénoncer. Souvent après des années. La police prend la plainte. Le DPCP, dans certains cas, porte des accusations. La personne est reconnue par l’IVAC comme victime d’acte criminel. La maison d’hébergement, l’organisme communautaire, le médecin de famille — souvent suivi depuis dix ou quinze ans — attestent de ses capacités parentales.

Étape 2. Un signalement est fait à la DPJ — par la police, par l’hôpital, par l’école, ou par le parent victime lui-même. La DPJ reconnaît la situation de violence conjugale. Dans certains dossiers, la DPJ va jusqu’à recommander un retrait des contacts entre le parent agresseur et les enfants.

Étape 3. Le parent accusé dépose une plainte croisée. Parfois à la police (« lui aussi a été violent », « elle aussi a été violente »). Parfois à la DPJ (« l’autre parent est instable, aliène les enfants »). Parfois à l’IVAC (« je suis aussi une victime »). Le terme existe, il est connu des intervenantes et des avocates spécialisées : on parle de plaintes croisées, ou plus largement de violence judiciaire — l’utilisation des institutions comme outil de contrôle, pour répondre à chaque accusation par une accusation symétrique et transformer un dossier de violence conjugale en simple « conflit ». La Sûreté du Québec compile elle-même, depuis 2020, des statistiques internes sur les plaintes croisées en contexte de violence conjugale, région par région.

Étape 4. Les institutions, qui n’ont pas le temps ni la formation pour démêler qui dit vrai, requalifient le dossier. Ce qui était une situation de violence conjugale devient un conflit sévère de séparation. Une catégorie où, par définition, les deux parents sont à blâmer à parts égales. La violence disparaît. Le langage neutre revient. Et le parent qui continue à insister — avec ses rapports, ses preuves, ses courriels — devient « rigide », « non collaboratif », ou pire : aliénant.

Étape 5. Une expertise psychosociale est ordonnée. Elle s’appuie en bonne partie sur les rapports de la DPJ. Le juge confie la garde au parent qui a été dénoncé pour violence. Le parent qui a dénoncé obtient des droits de visite supervisés.

Et parfois, c’est encore pire : l’expertise existe, elle est favorable au parent qui a dénoncé, et elle est accablante pour la partie adverse — mais elle ne se rend jamais au tribunal. C’est ce qu’a vécu Julien, un père dont le dossier est documenté dans notre enquête exclusive : une expertise psychosociale lui était favorable, défavorable à la partie adverse, et elle a été cachée au tribunal. Il a perdu ses enfants quand même.

Les enfants pleurent au début, puis s’habituent. Et quand le parent qui a dénoncé, des mois plus tard, exprime à un intervenant que ses enfants ne vont pas bien, on lui répond que c’est lui — ou que c’est elle — le problème.

C’est ce que les chercheuses appellent, dans la littérature, la victimisation secondaire — la souffrance ajoutée par les institutions à celle déjà causée par l’agresseur.

La voix qui résume tout

Une mère interviewée par Radio-Canada en 2020 — appelons-la Lucie, comme l’a fait la journaliste — résumait sa situation en une seule phrase :

Aujourd’hui, je vois mon enfant deux heures par semaine. Ils ont donné la garde au père, qui a fait un an de prison. Je me sens comme si c’était moi qui avais battu monsieur.

Lucie (pseudonyme) · Radio-Canada, octobre 2020

Le père avait fait un an de prison. Pour violence. Et c’est elle qui se sentait comme l’agresseuse.

Cette phrase, on l’a entendue, sous une forme ou une autre, dans presque tous les témoignages que nous avons reçus depuis deux ans à la rédaction.

Les chiffres : ce n’est pas marginal

Pour comprendre l’ampleur, quelques données officielles, tirées du bilan annuel 2024 des DPJ — qui avait justement pour thème Quand la violence conjugale est au cœur de la vie de l’enfant :

Les chiffres officiels de la DPJ

17 000 signalements à la DPJ pour exposition à la violence conjugale en 2023-2024. C’est plus du double d’il y a dix ans (environ 8 000 en 2014).

47 signalements par jour au Québec pour ce motif.

12,5 % de tous les signalements reçus en 2023 concernent l’exposition à la violence conjugale.

Depuis le 26 avril 2023, l’exposition à la violence conjugale est officiellement reconnue comme un motif distinct de compromission dans la Loi sur la protection de la jeunesse. Avant cette date, ça n’existait même pas comme catégorie en soi.

Autrement dit : un enfant sur huit signalé à la DPJ au Québec est signalé parce qu’il est exposé à de la violence entre ses parents. Et dans la grande majorité des cas — les statistiques policières canadiennes situent ce chiffre autour de huit victimes sur dix —, derrière chacun de ces dossiers, il y a une femme qui a subi cette violence.

Ce que la recherche montre

C’est ici qu’on quitte les anecdotes pour entrer dans la science.

Le chercheur de référence sur cette question au Québec et au Canada est Simon Lapierre, professeur à l’École de service social de l’Université d’Ottawa. Avec sa collègue Isabelle Côté (Université Laurentienne) et le politologue Francis Dupuis-Déri (UQAM), il a publié en 2019 un rapport au titre sans détour : L’aliénation parentale : stratégie d’occultation de la violence conjugale ?

Leur recherche, menée à partir de 2015 dans une trentaine de maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, a constaté quelque chose qui n’avait jamais été aussi clairement documenté au Québec :

Une augmentation notable et continue du nombre de femmes accusées — ou menacées d’être accusées — d’aliénation parentale lorsqu’elles dénonçaient la violence de leur conjoint. Pas une, pas dix : un phénomène statistiquement significatif, et qui s’accélère depuis dix ans.

L’avocate et chercheuse Suzanne Zaccour, docteure en droit de l’Université d’Oxford et aujourd’hui directrice des affaires juridiques à l’Association nationale Femmes et Droit, a poussé l’analyse en étudiant non pas des témoignages, mais des jugements. Son article de 2020, Disparue comme par magie ? La violence conjugale dans les cas d’aliénation parentale au Québec, démontre par l’examen méthodique de séries de décisions impliquant les mêmes familles que la violence conjugale tend à disparaître des jugements à mesure que les procédures avancent. Au premier jugement, elle est mentionnée. Au troisième, il n’en reste plus rien. C’est documenté. C’est public. C’est sur CanLII.

Une étude internationale plus récente, publiée par Lapierre et ses collaborateurs en 2024 dans le Journal of Social Welfare and Family Law, confirme la même mécanique dans plusieurs pays. Le Québec n’est pas une exception : c’est un cas particulièrement visible d’un phénomène mondial.

Même la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes et les filles, Reem Alsalem, a consacré à cette question son rapport thématique d’avril 2023, Garde des enfants, violence contre les femmes et violence contre les enfants (A/HRC/53/36), présenté au Conseil des droits de l’homme. Sa conclusion, sans détour : le concept d’aliénation parentale, scientifiquement contesté, est instrumentalisé dans les procédures de droit de la famille pour discréditer les allégations de violence conjugale et permettre aux agresseurs de poursuivre leur contrôle après la séparation, au détriment des femmes et des enfants.

La DPJ a une autre version. Il faut l’entendre.

Si on veut être honnête, il faut aussi écouter ce que dit l’institution. Catherine Lemay, directrice nationale de la protection de la jeunesse, conteste cette lecture : dans une entrevue à Radio-Canada en 2024, elle expliquait qu’à sa demande, une section régionale avait recensé qu’un seul enfant sur une centaine de dossiers d’exposition à la violence conjugale avait été confié au parent réputé violent. Le ministre Lionel Carmant ajoutait qu’après les modifications législatives d’avril 2023, aucun jugement n’avait été retrouvé où un enfant aurait été retiré pour aliénation dans un contexte de violence conjugale.

Ce que ces données disent — et ce qu’elles ne disent pas

Ce sont des données officielles, et il faut les présenter telles quelles.

Mais une demande informelle à une seule région n’est pas une étude. Et les jugements écrits ne reflètent qu’une fraction des transferts de garde — beaucoup se font hors litige formel, par mesures volontaires ou recommandations de la DPJ que le juge entérine sans procès.

Les chiffres bruts ne mesurent pas non plus les évaluations psychosociales qui décrivent une « rigidité », une « projection », des « perceptions négatives » de l’ex-conjoint, sans jamais prononcer le mot aliénation. Le mot disparaît. La logique demeure.

Et la Commission Laurent, alors ?

C’est la question qu’on nous pose souvent, et qu’on se pose à la rédaction. La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, a déposé son rapport en avril 2021 dans la foulée du drame de Granby. Soixante-cinq recommandations. Un constat sévère. Une volonté politique affichée. Une réforme adoptée.

Et concrètement, cinq ans plus tard ?

Le bilan quinquennal, publié en mai 2026 par le ministre Carmant lui-même, est éloquent. Sur les 65 recommandations de la Commission Laurent :

Bilan quinquennal des recommandations · Mai 2026
29 / 65 Recommandations réalisées ou largement réalisées
Moins de la moitié, donc, cinq ans après le dépôt du rapport.
27 / 65 Recommandations partiellement réalisées
Des chantiers en cours, mais qui n’ont pas encore changé la réalité du terrain.
8 / 65 Recommandations peu avancées ou non commencées
Cinq ans après. Le ministre a lui-même reconnu en conférence de presse que « ça ne va jamais assez vite pour nos enfants ».

Les centaines de courriels que nous recevons à la rédaction disent la même chose, semaine après semaine : les choses bougent dans les textes officiels, mais pas autant qu’il le faudrait dans la vie quotidienne des familles. Les délais en chambre de la jeunesse n’ont pas raccourci. Les évaluations psychosociales sont toujours faites par des équipes en sous-effectif chronique. La formation des intervenants en matière de violence conjugale reste largement insuffisante. La mécanique des plaintes croisées — celle qu’on a décrite plus haut — continue presque inchangée.

Le rapport Laurent a changé le vocabulaire institutionnel. Il n’a pas encore changé l’expérience vécue par toutes les familles qui frappent à la porte de la DPJ pour protéger leurs enfants.

C’est ce que les documents que vous nous envoyez, et que nous lisons un par un, nous montrent.

Et l’aliénation parentale, alors ? Elle existe vraiment ?

Oui. Et il faut le dire clairement.

Il existe des situations où un parent — père ou mère — manipule effectivement un enfant pour le couper de l’autre parent. Ces situations causent des dommages réels. Les tribunaux québécois les reconnaissent de plus en plus : en 2025, La Presse rapportait que dans trois décisions distinctes rendues en quelques mois, des juges avaient imposé des dommages et intérêts à des parents — des pères, en l’occurrence — pour comportement aliénant.

Le problème n’est donc pas que l’aliénation parentale n’existe jamais.

Le problème, c’est qu’elle est devenue, dans une proportion grandissante des dossiers, une stratégie de défense pour les conjoints accusés de violence. Le mot « aliénation » est de moins en moins utilisé pour décrire une réalité psychologique précise, et de plus en plus comme une arme rhétorique pour requalifier une mère qui dénonce en mère qui invente.

C’est cette dérive — pas le concept en lui-même — qui pose problème.

Et pour les parents qui traversent une situation où l’aliénation parentale est invoquée — comme accusation portée contre eux, ou comme réalité vécue avec leurs enfants — il existe un accompagnement spécialisé. Notre collaborateur, le Carrefour parents-enfants, offre du soutien aux parents et aux enfants confrontés à cette dynamique. Le réflexe d’aller chercher de l’aide avant que la situation se cristallise au tribunal peut faire une grande différence.

Ce qui a changé. Et ce qui n’a pas changé.

Les choses bougent. Lentement, mais elles bougent.

Rapport Rebâtir la confiance (décembre 2020) — 190 recommandations pour mieux accompagner les victimes de violence conjugale et de violence sexuelle dans le système judiciaire. Plusieurs sont déjà mises en œuvre : tribunal spécialisé, bracelets anti-rapprochement, cellules d’intervention rapide. Le DPCP en applique 25 sur 32 dont il est responsable.

Réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse (avril 2023) — l’exposition à la violence conjugale devient un motif de compromission distinct. C’est nouveau, c’est important. Mais c’est aussi très récent, et personne ne sait encore comment les intervenants l’appliqueront sur le terrain à grande échelle.

Arrêt Ahluwalia c. Ahluwalia (Cour suprême du Canada, 15 mai 2026) — la plus haute cour du pays reconnaît, pour la première fois explicitement, le contrôle coercitif comme préjudice civil distinct. Ce mot — « contrôle coercitif » — décrit précisément ce que vivent la majorité des femmes en violence conjugale : pas seulement les coups, mais l’isolement, la surveillance, l’humiliation, le contrôle de l’argent, des sorties, des contacts. La Cour suprême vient de donner aux victimes un mot juridique pour nommer ce qu’elles vivent.

Ce qui n’a pas changé : la formation des intervenants de la DPJ en matière de violence conjugale. En janvier 2024, la chroniqueuse Mylène Moisan, du Soleil, révélait dans une enquête fouillée que la formation obligatoire en violence conjugale destinée aux intervenants de la DPJ tenait en une formation en ligne de quatre-vingt-dix minutes — une formation à laquelle Simon Lapierre lui-même, qui avait participé à sa conception, reconnaissait honnêtement qu’elle était insuffisante : « Ce n’est pas une mauvaise formation. Le contenu est intéressant, mais ce n’est pas suffisant. » Aucune annonce publique d’une formation substantiellement bonifiée n’a été faite depuis.

Quatre-vingt-dix minutes pour comprendre ce que des chercheuses étudient depuis trente ans.

Si vous lisez ceci et que vous êtes dans cette situation

Vous n’êtes pas fou, vous n’êtes pas folle. Vous n’inventez rien. Vous n’êtes pas seul·e.

Si vous reconnaissez votre histoire dans ce qui est décrit ici — la séquence, les plaintes croisées, les rapports qui se retournent contre vous, la sensation que plus vous documentez et plus on vous trouve « rigide » — sachez que ce que vous vivez est nommé, documenté, étudié, et de plus en plus reconnu. Que vous soyez mère ou père, victime de violence conjugale ou parent qui regarde son enfant disparaître peu à peu dans un système qui se referme, vous avez le droit d’être entendu·e.

Ressources concrètes · Aide gratuite et confidentielle
911 En cas de danger immédiat
Police, ambulance, intervention d’urgence. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept.
SOS SOS violence conjugale
Ligne d’écoute 24 h / 24, 7 j / 7, gratuite et confidentielle : 1 800 363-9010 (téléphone) ou texto au 438 601-1211.
FED Fédération des maisons d’hébergement pour femmes
fede.qc.ca · Trouver une maison d’hébergement près de chez vous.
REG Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale
maisons-femmes.qc.ca · Soutien, hébergement, accompagnement.
JUR Juripop
Services juridiques accessibles, équipe dédiée aux victimes de violence conjugale et sexuelle.
REB Rebâtir
Accès à 4 heures gratuites de consultation juridique pour les personnes victimes de violence conjugale ou sexuelle, peu importe le revenu : 1 833 REBATIR (1 833 732-2847).
CPE Carrefour parents-enfants
Accompagnement spécialisé pour les parents et les enfants confrontés à une dynamique d’aliénation parentale. Notre collaborateur : en savoir plus.

Et si vous avez documenté votre dossier, gardez tout. Tout. Les courriels, les rapports, les lettres médicales, les ordonnances. Pas pour vous justifier — pour que, le jour où le système se met enfin à écouter, vous ayez de quoi être entendu·e.

Une question pour finir

Si un parent qui dénonce la violence risque de perdre ses enfants, qui dénoncera demain ?

Et que devient alors la promesse même de la Loi sur la protection de la jeunesse — celle de protéger les enfants — quand le geste qui devrait les protéger devient celui par lequel on les éloigne du parent qui les a défendus ?

Ces deux questions ne s’adressent pas seulement aux directions de la DPJ, aux juges, aux avocats, aux travailleurs sociaux. Elles s’adressent à tout le monde. Parce que c’est de tout le monde, en bout de ligne, que vient la pression pour que les choses changent.

Et elles changent — lentement, à petits pas, mais elles changent. Ce qui était invisible en 2015 est aujourd’hui dans les rapports officiels. Ce qui n’avait pas de nom en 2020 — le contrôle coercitif — vient d’être reconnu par la Cour suprême du Canada. Ce qui était impensable en 2010 — qu’un parent victime, mère ou père, puisse être entendu avec dignité par les institutions — est aujourd’hui le combat de plusieurs centaines de personnes, dans les maisons d’hébergement, dans les universités, dans les cabinets d’avocates, dans les médias. En novembre 2025, dans la décision Adoption — 25462, la juge Marie-Josée Hogue de la Cour d’appel du Québec — en dissidence — mettait la DPJ en garde contre ses « biais inconscients » à l’égard des parents biologiques. Le cas portait sur l’adoption, non sur la violence conjugale, mais le constat dépasse le dossier : il vise la façon même dont la DPJ construit ses opinions, à partir d’impressions plutôt que de faits concrets. C’est exactement la même mécanique qui inquiète les parents victimes de violence conjugale lorsqu’ils voient un rapport de la DPJ se retourner contre eux. Les institutions commencent à s’écouter parler.

Vous n’êtes pas seul·e. Vous n’avez jamais été seul·e.
Enquête éditoriale · DPJ et violence conjugale · Mai 2026 Quand dénoncer coûte la garde des enfants, c’est tout le pacte de protection qui se fissure.

Justice-Québec.ca (bientôt EnDroit.ca) · Ensemble, on va plus loin.

Sources et références

Données institutionnelles. Bilan annuel 2024 des directrices et directeurs de la protection de la jeunesse / directeurs provinciaux du Québec — Quand la violence conjugale est au cœur de la vie de l’enfant. Bilan quinquennal de la mise en œuvre des recommandations de la Commission Laurent, ministère de la Santé et des Services sociaux, mai 2026. Sûreté du Québec, Statistiques sur les plaintes croisées en contexte de violence conjugale, 2020-2025, document obtenu en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics, juillet 2025.

Recherche universitaire. Côté, I., Lapierre, S. et Dupuis-Déri, F. (2019), L’aliénation parentale : stratégie d’occultation de la violence conjugale ?, RéQEF, IREF et FemAnVi. Zaccour, S. (2020), Disparue comme par magie ? La violence conjugale dans les cas d’aliénation parentale au Québec, CanLII Docs. Lapierre, S., Abrahams, N., Sharma, T. et Sazgar, R. (2024), « Parental alienation » allegations in the context of domestic violence: impacts on mother-child relationships, Journal of Social Welfare and Family Law.

Rapports gouvernementaux et internationaux. Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes (décembre 2020), Rebâtir la confiance. Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (avril 2021), Instaurer une société bienveillante pour nos enfants et nos jeunes. Rapporteuse spéciale des Nations Unies Reem Alsalem (avril 2023), Garde des enfants, violence contre les femmes et violence contre les enfants, A/HRC/53/36, présenté au Conseil des droits de l’homme.

Législation et jurisprudence. Loi sur la protection de la jeunesse, RLRQ c. P-34.1, art. 38, telle que modifiée par la Loi 15 (en vigueur le 26 avril 2023). Ahluwalia c. Ahluwalia, 2026 CSC 16 (Cour suprême du Canada, 15 mai 2026, dossier 41061). Adoption — 25462, 2025 QCCA 1369 (Cour d’appel du Québec, 3 novembre 2025) — dissidence de la juge Marie-Josée Hogue sur les biais inconscients de la DPJ.

Couverture médiatique. Clavel, É., Des mères victimes de violence conjugale perdent la garde de leur enfant, Noovo Info, novembre 2025. Radio-Canada, série Dans le chaos de l’aliénation parentale, avril 2024. Radio-Canada, Comment la DPJ peut-elle confier la garde d’enfants à un père violent ?, octobre 2020. Moisan, M., Violence conjugale : les intervenants de la DPJ formés à la va-vite et La formation de 90 minutes, faute de mieux, Le Soleil et Le Droit, janvier 2024. Moisan, M., Une juge de la Cour d’appel met la DPJ en garde contre ses biais inconscients, Le Soleil, mars 2026. Aliénation parentale : les tribunaux serrent la vis, La Presse, août 2025.

Enquête maison. Plus de deux ans de témoignages reçus par la rédaction de Justice-Québec.ca (bientôt EnDroit.ca). Dossier d’enquête exclusif sur le cas Julien (Spunt & Carin), disponible sur le site.

Cet article est une analyse éditoriale fondée sur des données officielles, des études universitaires, des rapports gouvernementaux et internationaux, des reportages publiés et plus de deux ans de témoignages reçus par la rédaction. Il ne constitue pas un avis juridique. Pour toute situation personnelle relevant de la protection de la jeunesse, de la violence conjugale, du droit de la famille ou de l’aliénation parentale, consultez un membre du Barreau du Québec ou une ressource d’aide spécialisée. En cas de danger immédiat, composez le 911.

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