Gestes et paroles à connotation sexuelle dans un milieu de travail judiciaire : Le juge Denis Paradis visé par une enquête déontologique

Publié le 24 février 2026 à 21:25

Justice-Quebec.ca | Déontologie judiciaire | 24 février 2026

Dans un milieu professionnel où l'autorité institutionnelle est au cœur de chaque interaction, les mots et les gestes d'un juge ont un poids particulier. C'est précisément ce contexte que retient le Conseil de la magistrature du Québec pour justifier l'ouverture d'une enquête formelle visant le juge Denis Paradis, de la Chambre criminelle et pénale de la Cour du Québec.

La décision d'enquêter a été rendue le 10 février 2026. Elle fait suite à une plainte déposée par une gestionnaire du ministère de la Justice dont l'identité est protégée.

Un juge nommé en 2012, spécialisé en droit criminel

Le juge Denis Paradis est titulaire d'un baccalauréat en histoire et d'un baccalauréat en droit de l'Université de Sherbrooke. Il a été nommé juge à la Cour du Québec en décembre 2012 par le ministre de la Justice de l'époque, Bertrand St-Arnaud. Il a depuis exercé ses fonctions à la Chambre criminelle et pénale — la chambre qui instruit l'ensemble des infractions criminelles et pénales, de la première comparution jusqu'à la sentence.

Au fil des ans, il a présidé des causes à forte résonance publique, notamment l'enquête préliminaire dans l'affaire Claude Doiron, l'ancien porte-parole de la Sûreté du Québec accusé d'agression sexuelle sur une mineure.

Depuis le 1er septembre 2025, le juge Paradis avait été désigné au poste de juge coordonnateur adjoint pour la région Bas-Saint-Laurent–Côte-Nord–Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, pour un mandat de deux ans — un rôle de gestion judiciaire régionale confié par le juge en chef à des magistrats d'expérience.

Ce que reproche la plainte : gestes et paroles dans un rapport d'autorité

Selon la décision du Conseil de la magistrature rendue le 10 février 2026, la plaignante — une gestionnaire du ministère de la Justice dont l'identité est caviardée — reproche au juge d'avoir adopté, « à certaines occasions », un comportement à caractère personnel susceptible de créer un malaise. Les faits allégués concernent des gestes et des paroles à connotation sexuelle survenus dans un contexte professionnel.

L'élément central retenu par le Conseil est la nature du lien en cause : un rapport d'autorité institutionnelle entre un juge et une employée du système judiciaire.

La plainte soutient que les agissements reprochés seraient « incompatibles avec les exigences de réserve, de courtoisie et de retenue auxquelles les juges sont astreints » — des obligations inscrites à l'article 8 du Code de déontologie de la magistrature.

Le juge admet certains gestes, mais nie toute intention malveillante

Dans ses observations transmises au Conseil, le juge Paradis ne conteste pas l'ensemble des faits qui lui sont reprochés. Il reconnaît avoir posé certains gestes et formulé des propos qu'il admet lui-même être inappropriés, tout en affirmant n'avoir eu « aucune intention malveillante ». Il déclare par ailleurs avoir « tiré les leçons de cette situation ».

Le Conseil, dans sa décision, rappelle que son rôle à ce stade n'est pas de trancher le bien-fondé des allégations ni d'apprécier la preuve de façon définitive, « mais de déterminer si les faits allégués et les commentaires du juge sont de nature à soulever des questions sérieuses quant au respect des obligations déontologiques d'un juge ».

Sa réponse est sans équivoque : « Ces faits soulèvent des questions sérieuses en lien avec les obligations déontologiques du juge. »

Calendrier procédural : le dossier est en marche

La première conférence de gestion dans ce dossier s'est tenue le lundi 23 février 2026 — soit la veille de la publication de cet article. La prochaine est déjà fixée au 13 mai 2026.

Le dossier suit donc le cheminement procédural prévu par la Loi sur les tribunaux judiciaires : après l'examen de la plainte et la décision d'enquêter, un comité d'enquête est constitué. À l'issue de l'enquête, le Conseil peut imposer une réprimande au juge, ou — dans les cas les plus graves — recommander au ministre de la Justice sa destitution, laquelle est ultimement prononcée par le lieutenant-gouverneur en conseil.

Un cas qui n'est pas isolé dans la magistrature québécoise

L'affaire Paradis s'inscrit dans un contexte plus large de vigilance déontologique accrue au sein de la magistrature québécoise. En décembre 2025, le Conseil avait ouvert une enquête concernant la juge Denise Descôteaux pour des comportements agressifs à l'égard du personnel judiciaire — il s'agissait de sa quatrième procédure disciplinaire en moins de dix ans. Le juge Serge Champoux, de Granby, fait quant à lui l'objet d'une enquête pour des propos jugés méprisants à l'égard d'une association d'avocats de la défense.

Le cas du juge Paradis se distingue toutefois par sa nature : des allégations à connotation sexuelle dans un rapport d'autorité institutionnelle constituent une catégorie de manquement particulièrement sensible, tant sur le plan de la confiance du public envers la magistrature que sur celui de la protection des personnes travaillant dans l'appareil judiciaire.

Il n'est pas sans précédent non plus au Canada. En 2025, le juge Bernard Tremblay de la Cour supérieure avait reçu un avertissement officiel du Conseil canadien de la magistrature à la suite d'une plainte pour harcèlement sexuel déposée par une ancienne employée — une procédure qui avait mis en lumière la vulnérabilité des personnes gravitant autour du milieu judiciaire face aux comportements inappropriés de ceux qui y exercent l'autorité.

La présomption d'innocence demeure

Il importe de le rappeler : à ce stade, le juge Denis Paradis n'a pas été reconnu coupable de quoi que ce soit. La décision du Conseil de la magistrature d'ouvrir une enquête ne constitue ni une condamnation ni un aveu de faute. Elle signifie uniquement que les faits allégués sont suffisamment sérieux pour justifier un examen approfondi par un comité d'enquête indépendant.

Le juge Paradis continue d'exercer ses fonctions pendant la durée de la procédure, conformément aux règles habituelles.


Sources : Droit-Inc., 24 février 2026Conseil de la magistrature du QuébecCour du Québec, organigramme au 1er septembre 2025Droit-Inc., nomination décembre 2012Radio-Canada, affaire Claude Doiron, avril 2024Loi sur les tribunaux judiciaires, RLRQ c T-16Code de déontologie de la magistrature

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