Me Michel Lachance : L'avocat sous enquête du syndic depuis plus d'un an — et le chaînon manquant de l'affaire Spunt & Carin

Publié le 23 février 2026 à 04:18

Dans l'affaire qui secoue le monde du droit familial québécois, un nom est resté dans l'ombre depuis le début : celui de Me Michel Lachance, avocat de Repentigny, qui était censé défendre Julien (prénom modifié pour protéger l'identité des enfants) — ce père autiste aujourd'hui séparé de ses jumeaux.

Plus d'un an après l'ouverture d'une enquête formelle par le Bureau du syndic du Barreau du Québec, aucune décision publique n'a été rendue. Et les documents obtenus par Justice-Quebec.ca révèlent un tableau particulièrement troublant : celui d'un avocat qui aurait non seulement failli à ses obligations envers son client, mais qui aurait pu, selon les allégations, agir de concert avec l'avocat adverse — Me David Chun, du cabinet Spunt & Carin — à l'insu même de son propre client.

Pas un premier écart : un historique disciplinaire documenté

Avant même d'aborder les faits actuels, il est essentiel de rappeler que Me Lachance n'en est pas à sa première comparution devant les instances disciplinaires du Barreau.

En 2010, le Conseil de discipline le déclarait coupable de manquements à ses devoirs de compétence, de diligence et de probité, et d'aveuglement volontaire, pour avoir instrumenté la vente frauduleuse d'un immeuble au profit d'un mandataire agissant à l'insu du propriétaire — entraînant la faillite de ce dernier. Une amende de 2 000 $ lui était imposée en 2011. Plus révélateur encore : le Conseil avait alors noté que l'intimé déclarait qu'« il agirait de la même façon » si c'était à recommencer.

Puis en décembre 2023, Me Lachance plaidait coupable à trois nouveaux chefs d'infraction disciplinaire : avoir consenti à une demande judiciaire sans mandat de son client dans un dossier familial, avoir déposé une déclaration au Registraire des entreprises sans autorisation, et avoir surpris la bonne foi de la partie adverse. Le Conseil lui imposait cette fois une amende totale de 7 500 $. Le document disciplinaire souligne que ces faits survenaient alors qu'il cumulait 37 ans de pratique — une expérience qui « aurait dû l'amener à faire preuve de plus de rigueur. »

Ce n'est donc pas un avocat sans historique qui fait aujourd'hui l'objet d'une nouvelle enquête du syndic. C'est un avocat avec un dossier disciplinaire établi, condamné à trois reprises sur une quinzaine d'années, qui se retrouve au cœur d'une affaire autrement plus grave.

Et dès 1998, un premier plaignant avait tenté de déposer une plainte privée contre Me Lachance devant le Comité de discipline — un dossier qui s'était conclu par un retrait, le plaignant ayant indiqué ne pas avoir « les ressources ni les énergies nécessaires » pour poursuivre le processus. Ce même plaignant avait alors signalé avoir reçu un appel téléphonique et une mise en demeure de la part de l'intimé après le dépôt de sa plainte — une pression qui, notait le Comité, l'avait conduit à se désister.

Ce que dit le Barreau lui-même

Le 11 décembre 2024, la syndique adjointe Me Guylaine Mallette adresse une lettre officielle à Me Michel Lachance. Le document, obtenu et versé au dossier, confirme l'ouverture d'une enquête disciplinaire formelle sous le numéro 00283253-MAL.

La liste des reproches formulés par Julien est accablante. Durant son mandat, Me Lachance aurait :

  • omis de répondre aux communications de son client ;
  • négligé de l'informer des dates d'audience ;
  • refusé de lui faire rapport de l'état de son dossier ;
  • invoqué de fausses lois devant son client ;
  • interdit à son propre client l'accès à la salle d'audience alors qu'il était présent sur place.

Mais ce n'est pas tout. Les reproches s'étendent à des actes d'une gravité bien plus sérieuse : collusion, corruption, abus de confiance, discrimination et menaces graves, ainsi que des manquements à l'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne — l'article qui protège contre la discrimination fondée, notamment, sur le handicap.

Après avoir cessé d'occuper le dossier, Me Lachance aurait en outre omis de remettre le dossier à son client et aurait transmis des informations confidentielles à la partie adverse.

Le Barreau du Québec lui-même résume la conséquence directe alléguée dans sa lettre : « M. [Julien] mentionne que votre comportement lui aurait occasionné la perte d'accès à ses enfants et des pertes financières. »

Ces mots proviennent d'une lettre officielle du Bureau du syndic — pas d'un billet de blogue, pas d'un réseau social. D'une institution disciplinaire.

Le nœud central : ce que le client n'a pas vu

Le détail le plus perturbant de cette affaire est peut-être le suivant : Julien affirme que des audiences se seraient tenues à son insu, et que son propre avocat lui en aurait caché l'existence — ou lui en aurait interdit l'accès lorsqu'il se présentait.

Ce schéma n'est pas sans rappeler ce que le Conseil de discipline avait déjà constaté en 2023 dans un autre dossier familial : Me Lachance avait alors consenti à une demande judiciaire déterminante — la nomination d'un procureur à l'enfant — sans en avoir informé son propre client ni obtenu son autorisation. Le client n'avait appris l'existence du jugement qu'après le fait.

Or, dans le dossier de Julien, l'avocat adverse dans ces mêmes procédures familiales était Me David Chun, du cabinet Spunt & Carin — le même Me Chun qui a depuis démissionné du Barreau en pleine enquête disciplinaire, dont la localisation fait l'objet de deux versions contradictoires sous serment, et dont les actes sont qualifiés de « fraude criminelle grave » par Me Daniel Goldwater.

La question qui s'impose dès lors est directe : si un avocat tient des audiences cachées à son propre client, et que l'avocat adverse est au cœur d'allégations de fabrication de faux et de collusion judiciaire — que s'est-il passé dans ces salles d'audience en l'absence du justiciable qu'on était censé défendre ?

La demande de documents : un mur

En avril 2025, Julien tente d'obtenir une réponse à cette question de la seule façon possible : en réclamant formellement à Me Lachance l'intégralité des communications échangées entre lui et Me David Chun durant le mandat.

La réponse de Me Lachance, documentée dans les échanges obtenus par Justice-Quebec.ca, tient en deux courtes phrases :

« N'insistez pas. Nous attendrons l'avis du syndic-adjoint. Et n'essayez plus d'entrer en contact avec moi. J'ai bloqué votre adresse. »

Julien lui avait pourtant rappelé, point par point, ses droits : l'article 80 du Code de déontologie des avocats oblige tout avocat à remettre à son ancien client les pièces et documents qui lui appartiennent. Ce droit est distinct de toute enquête disciplinaire en cours. Il est absolu.

Me Lachance n'a pas contesté cet argument sur le fond. Il a bloqué son ancien client.

Il convient de noter que ce réflexe de pression envers un plaignant n'est pas nouveau : dès 1998, le Comité de discipline avait documenté qu'un plaignant s'était désisté de sa plainte privée contre Me Lachance après avoir reçu un appel téléphonique et une mise en demeure de sa part.

Plus d'un an d'enquête, et le silence

La lettre du Bureau du syndic date du 11 décembre 2024. Nous sommes en février 2026. Soit plus de quatorze mois d'enquête ouverte — sans décision publique connue, sans sanction annoncée, sans clôture officielle du dossier.

Ce délai prend une dimension particulière dans le contexte de l'affaire Spunt & Carin. Rappelons que dans ce même dossier, le Bureau du syndic a fermé le dossier visant Me David Chun malgré une dénonciation de Me Anne-France Goldwater, malgré une erreur factuelle fondamentale admise par écrit par Me Mallette elle-même, et malgré des allégations de « fraude criminelle grave » formulées par Me Daniel Goldwater.

D'un côté, un dossier fermé trop vite. De l'autre, un dossier ouvert depuis plus d'un an sans issue visible. Dans les deux cas, le même Bureau du syndic. Dans les deux cas, le même père privé de ses enfants.

Le portrait d'ensemble

Mis bout à bout, les éléments documentés dressent un tableau cohérent et préoccupant :

Julien, père autiste, est représenté dans une procédure familiale par Me Michel Lachance — un avocat qui compte déjà trois décisions disciplinaires à son dossier sur une quinzaine d'années. Son avocat adverse est Me David Chun, du cabinet Spunt & Carin. Des audiences auraient lieu à l'insu du client — un schéma qui reproduit exactement ce que le Conseil de discipline avait déjà reproché à Me Lachance en 2023 dans un autre dossier familial. Son propre avocat lui interdirait l'accès à la salle. Les rapports psychosociaux favorables à Julien n'atteindraient jamais les tribunaux — selon ses allégations, dissimulés par Me Lachance lui-même. À l'issue du processus, il perd l'accès à ses enfants.

Me Chun démissionne du Barreau en pleine enquête. Me Lachance est lui-même sous enquête depuis décembre 2024. Les communications entre les deux avocats — celles qui pourraient révéler ce qui s'est dit en dehors des dossiers officiels — restent inaccessibles. Me Lachance a bloqué son ancien client.

Aucune décision. Aucune sanction. Aucune transparence.

Une question d'intérêt public

Justice-Quebec.ca ne prétend pas établir la culpabilité de quiconque. Ce rôle appartient aux tribunaux et aux instances disciplinaires compétentes. Toutes les allégations rapportées ici proviennent de documents officiels versés aux dossiers — lettre du Bureau du syndic, échanges de courriels produits au dossier, décisions disciplinaires publiées sur CanLII — et n'ont pas toutes fait l'objet de conclusions définitives. Me Michel Lachance bénéficie de la présomption d'innocence.

Mais lorsqu'un avocat cumule un historique disciplinaire établi, fait l'objet d'une enquête du syndic depuis plus d'un an pour des faits parmi les plus graves reprochés à un membre du Barreau, refuse à son ancien client l'accès aux communications susceptibles d'éclairer une possible collusion avec l'avocat adverse — et que ce même ancien client est toujours séparé de ses enfants — la question dépasse largement le cadre disciplinaire.

Elle touche à la confiance que tout citoyen est en droit d'accorder au système qui est censé le protéger.


Documents de référence : Lettre du Bureau du syndic, Me Guylaine Mallette, 11 décembre 2024, dossier 00283253-MAL — Échanges de courriels entre Julien et Me Michel Lachance, 21 avril 2025 — Décision disciplinaire 2010 QCCDBQ 99Décision disciplinaire 2023 QCCDBQ 86 — Décision du Comité de discipline, dossier 06-97-01211, 4 mai 1998 — Dossiers judiciaires 705-17-011918-255 et 705-17-012105-258. Toutes les personnes mentionnées bénéficient de la présomption d'innocence.

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